Facture énergie : on paye quoi ?
En février, les factures d’électricité ont évolué, entraînant des baisses pour certains et des hausses pour d’autres. Mieux vaut les examiner de près.
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Le prix de l’électricité baisse de 15 %. Cette annonce a été maintes fois entendue en début d’année. Mais elle n’est pas juste. De nombreux clients ont eu l’occasion de s’en apercevoir car leur facture n’a pas baissé mais augmenté en février.
Cette confusion tient à l’histoire. On a conservé l’habitude d’assimiler « prix de l’électricité » et « Tarif réglementé de vente de l’électricité (TRVE) ». Ce dernier correspond au Tarif Bleu d’EDF. Jusqu’à l’ouverture des marchés à la concurrence, en 2007, le Tarif Bleu était le prix de l’électricité pour tous les Français. Il le reste pour plus de 20 millions de foyers aujourd’hui. Ces abonnés au Tarif Bleu d’EDF ont eu droit à une baisse moyenne de 15 % de leur facture le 1er février.
Des fournisseurs aux tarifs rouges
Ceux qui ont quitté le Tarif Bleu, soit un peu plus de 14 millions de foyers, ont une offre à prix de marché. Ce prix et ses modalités d’évolution sont indiqués au moment de la souscription. Il peut s’agir d’un prix indexé sur le tarif réglementé (il suit les évolutions de ce dernier à la hausse ou à la baisse) ; fixe pendant un, deux ou trois ans ; ou relevant de la catégorie fourre-tout « autre évolution ». Pour tous ces clients, le prix de l’électricité n’est donc pas le Tarif réglementé de vente, mais celui définit par leur fournisseur. Ceux avec un prix indexé sur le Tarif réglementé ont bénéficié de sa récente baisse. Les autres ont connu des hausses plus ou moins fortes.
Bon à savoir
L’évolution annoncée du tarif réglementé est une moyenne. Elle peut donc cacher des évolutions différentes selon les options souscrites (Base, Heures pleines…), la puissance du compteur et les volumes consommés. Lors des mouvements de février, les abonnés à l’option Tempo n’ont ainsi eu droit qu’à une baisse de 2 % en moyenne. L’offre est moins compétitive mas elle le reste encore.
Pour comprendre pourquoi les mouvements sont différents, il faut détailler les trois principales « briques » qui composent les factures : la « fourniture », le « réseau » et les « taxes ».
L’énergie nucléaire à prix fixe
La « fourniture » correspond à l’électricité fournie aux clients et aux coûts commerciaux des fournisseurs. L’électricité provient toujours majoritairement en France de centrales nucléaires. Dans le cadre d’un dispositif intitulé « accès régulé à l’électricité nucléaire historique » (Arenh), cette électricité est accessible à un prix de 42 €/MWh inchangé depuis 2012. Tous les fournisseurs peuvent demander à bénéficier d’une part de cette électricité nucléaire et même les fournisseurs «verts » l’ont fait pendant la crise.
Une autre partie de l’électricité est achetée sur les marchés avec des prix qui se sont fortement envolés en 2022. Ils se sont assagis en 2023 et la répercussion de cette baisse sur les offres à prix de marché a été visible dès le début 2024. Nous avions ainsi de nombreuses offres avec des prix à moins 15 %, voire moins 20 % ou moins 25 % par rapport au tarif réglementé lors de notre dernier comparatif (acheter • lire). Le tarif réglementé, lui, a mis plus de temps à baisser car il est calculé à partir de prix lissés sur deux ans.
L’acheminement qui déraille
Les « réseaux » représentent le deuxième grand poste des factures. Pour arriver jusque chez nous, l’électricité doit être transportée. Les coûts sont couverts par le Tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité (Turpe). Il est déterminé par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) par période de quatre ans avec des actualisations annuelles qui ont en général lieu le 1er août.
Mais ce calendrier n’a cessé d’être bouleversé depuis l’an dernier. Le Turpe devait augmenter de 4,81 % le 1er août 2024. Il a été décidé de reporter cette hausse au 1er novembre et de ne l’intégrer dans le Tarif réglementé qu’en février 2025. La CRE a également décidé une nouvelle hausse de 7,7 % en 2025 intervenant dès le 1er février au lieu du 1er août. Le Turpe est intégré à la fois dans l’abonnement et dans la consommation et certains fournisseurs mentionnent sa présence sous l’intitulé « acheminement ».
Des taxes énigmatiques
Le dernier gros poste est constitué par les taxes. Comme le Turpe, elles sont identiques pour les consommateurs quel que soit le contrat.
La plus petite est la Contribution tarifaire d’acheminement (CTA). Elle est bien mal nommée car elle sert en fait à financer les retraites spécifiques des secteurs électrique et gazier.
La Taxe sur la consommation finale d’électricité (TICFE) est encore plus mystérieuse. Elle n’est pas affectée et va dans la partie recettes du budget de l’Etat. Elle a, par ailleurs, encore changé de nom, désormais appelée Accise sur l’électricité même si l’on trouve encore TICFE ou son ancien nom de CSPE (Contribution au service public de l’électricité) sur les factures. Entre février 2022 et février 2024, la TICFE a été réduite à 1 €/MWh dans le cadre du bouclier tarifaire. Elle est remontée à 21 € en février 2024 puis à 33,70 € en février 2025, un peu au-dessus de son niveau d’avant crise.
La consommation d’électricité, enfin, est soumise à Ta taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Elle s’applique avec un taux de 5,5 % sur l’abonnement et de 20 % sur la consommation de chaque client. Mais elle s’applique aussi sur les deux autres taxes, avec un taux de 5,5 % sur la Contribution tarifaire d’acheminement (CTA) et 20 % sur la Taxe intérieure sur la consommation finale d’électricité (TICFE). Nous payons donc des taxes sur des taxes !
Des prix fixes pas totalement fixes
« Grâce à nos offres à prix fixes, vous êtes protégés contre les augmentations de tarifs. » Cette affirmation rassurante laisse penser que le tarif n’évoluera pas pendant toute la durée du contrat. Mais ce n’est pas le cas. Seulement une partie de la facture est fixe dans les offres à prix fixe. C’est le plus souvent le prix du kWh « hors taxe et hors acheminement ». Les clients avec un contrat à prix fixe ne sont donc pas à l’abri des hausses et tous ont eu droit à celle de la TICFE en février. La plupart ont aussi subi les hausses de l’acheminement Turpe.
Certains contrats à prix sont toutefois « fixe tout compris », le prix du kWh ne pouvant alors être impacté que par l’évolution des taxes. Ajoutons que le prix de l’abonnement peut aussi être fixe mais pas toujours et ces points doivent donc être bien examinés au moment de la souscription.
Une baisse, mais pas pour tout le monde
Pour les clients au Tarif Bleu, plusieurs évolutions ont été regroupées en février dernier. L’idée était d’éviter des mouvements en sens inverse à quelques mois d’intervalle. Cela a aussi permis d’invisibiliser les hausses du Turpe et de la TICFE. Elles ont été compensées par la baisse des prix sur les marchés et, finalement, les clients ont tout de même bénéficié d’une baisse moyenne de 15 %.
Les clients avec une offre à prix de marché, eux, avaient en principe déjà profité de l’accalmie sur les prix. Ils ont donc subi les hausses du Turpe et de la TICFE sans contrepartie. Cela vaut surtout pour les clients avec des contrats à prix fixe ou « autre évolution ». Ceux avec des contrats à prix indexé sur le tarif réglementé ont pu profiter de la baisse de ce dernier. Pour eux, le résultat est donc plutôt une stabilité, la baisse de l’indice venant compenser la hausse des taxes.
Tous les clients avec des offres à prix de marché ont toutefois intérêt à relancer le comparateur officiel du Médiateur national de l’énergie. Cela leur permettra de voir où se situe leur offre après les hausses et éventuellement d’en changer. Plusieurs fournisseurs ont en effet annoncé leur intention de lancer de nouvelles propositions plus compétitives, les prix sur les marchés leur permettant de continuer à se positionner sous le tarif réglementé.
Un avenir incertain
Et pour la suite ? La brique « fourniture » devrait être impactée par la fin de l’actuel dispositif d’accès régulé à l’électricité nucléaire fin 2025. Quel dispositif pour lui succéder avec quelles conséquences ? Un grand flou persiste sur le sujet au moment où nous écrivons.
Concernant les réseaux (l’acheminement), la Commission de régulation de l’énergie s’est engagée à ce qu’il n’y ait pas de nouvelle hausse du Turpe avant août 2026. Mais les gestionnaires des réseaux soulignent, depuis des mois, que leurs besoins en investissements sont importants.
Quant aux taxes, la tentation a été forte, il y a quelques mois, d’augmenter encore plus la TICFE pour renflouer le budget de l’Etat. Il y a aussi le projet de relever la TVA sur l’abonnement de 5,5 à 20 %. De quoi alourdir encore une fiscalité déjà très lourde sur l’électricité alors que l’on souhaite développer son usage (pompe à chaleur, voiture électrique…). À suivre de près en tout cas !