Près de la moitié du miel importé en Europe est frauduleux
La Commission européenne dénonce notamment l’ajout de sirop de sucre pour casser les prix des miels.
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Du miel, et rien d’autre : la réglementation européenne encadre strictement la composition de ce produit, en y interdisant l’ajout de sucres, d’additifs ou d’arômes. Dans les rayons des supermarchés, vous ne devriez donc trouver que du miel pur… En théorie. La réalité est tout autre, selon une enquête publiée fin mars par la Commission européenne dans le but d’évaluer la quantité de miels frelatés au sucre sur le marché.
Cette dernière a établi que près de la moitié des miels analysés (46 %) est non conforme aux exigences fixées par l’Union européenne (UE). Des résultats largement supérieurs aux 14 % obtenus lors de la précédente campagne, qui s’est déroulée entre 2015 et 2017.
74 % des miels non conformes viennent de Chine
Pour arriver à ces résultats, le Centre commun de recherche de la Commission européenne et l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) ont prélevé 320 échantillons de miel importés par 16 États membres, ainsi que la Norvège et la Suisse entre novembre 2021 et février 2022.
Si la Commission européenne s’est intéressée aux miels fabriqués en dehors de l’UE, c’est parce que ses États membres en importent des quantités importantes, leur production étant inférieure à la demande. Quels sont les pays exportateurs en cause ? Principalement la Chine, d’où proviennent 74 % des miels incriminés.
Les pays d’origine doivent être indiqués sur le pot
La Turquie fait fort également : pas moins de 93 % de ses miels examinés présentaient des échantillons suspects. Mais c’est encore pire pour le Royaume-Uni, qui affiche un taux de suspicion de 100 % ! Selon les enquêteurs, il s’agit probablement de miels produits dans d’autres pays, puis mélangés outre-Manche avant d’être à nouveau exportés vers l’Europe.
Heureusement, vous pouvez désormais savoir si le miel que vous achetez provient de l’un de ces pays : en France, l’obligation d’indiquer sur les étiquettes tous les pays d’origine est obligatoire depuis le 1er janvier 2021.
En France, la production de miel touchée par le dérèglement climatique
En France, nous consommons plus de 40 000 tonnes de miel chaque année, soit 600 g en moyenne par personne, avec une prédilection pour le « miel de fleurs ». En 2022, la récolte de miel français était comprise entre 12 000 et 14 000 tonnes, selon l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF). C’est mieux qu’en 2021, où elle s’est limitée à moins de 9 000 tonnes à cause de perturbations météorologiques au printemps, mais les apiculteurs ont été fortement impactés par la sécheresse de l’été dernier.
Des mélanges avec du sirop pour vendre moins cher
L’enquête de la Commission européenne révèle également une « complicité entre les exportateurs et les importateurs » autour des mauvaises pratiques révélées par cette enquête. Parmi elles figure notamment l’utilisation de sirops de sucre dans le miel, afin de casser les prix.
Par exemple, en 2021, la valeur moyenne du miel importé était de 2,32 €/kg, alors qu’elle était comprise entre 0,40 et 0,60 €/kg pour du sirop de sucre élaboré à partir de riz. Ainsi, « un prix trop bas doit vous alerter », prévient le réseau d’apiculteurs Un toit pour les abeilles.
Additifs, colorants et faux labels
La Commission accuse même certains opérateurs d’avoir recours à des laboratoires d’analyses, afin d’adapter les mélanges de miel et de sucre de façon que les clients et les autorités ne soient pas en mesure de détecter la fraude lors de l’importation.
« Le type de fraude le plus fréquent pour le miel est le frelatage, c’est-à-dire l’ajout d’ingrédients peu chers au lieu de garder le miel pur, explique Ville Itälä, directeur général de l’OLAF. Mais nous avons également trouvé des exemples de fraudes sur l’origine, avec des labels affichant une fausse origine du produit. » Le rapport évoque aussi l’utilisation d’additifs et de colorants pour brouiller les pistes concernant la nature des fleurs butinées.
Sept entreprises sanctionnées
Les auteurs de l’enquête redoutent qu’une grande quantité de miel importé et soupçonné d’être frelaté soit encore en vente dans l’Union européenne. À ce jour, 44 entreprises ont fait l’objet d’une enquête. Sept ont été sanctionnées.
Le rapport préconise une augmentation des contrôles, la mise en place de mesures correctives, un renforcement des exigences sur les importations, et de travailler avec les pays exportateurs à résoudre ce problème.