Analyse de nanoparticules
Il existe depuis peu des outils d’analyse pour savoir si certains aliments industriels contiennent des nanoparticules. Nous les avons utilisés.
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Soucieux de savoir ce que nous cachent ou pas les industriels, nous avons décidé de lancer des analyses sur 18 produits sucrés. Notre choix s’est porté sur des bonbons, des gâteaux et des desserts glacés particulièrement appréciés des enfants contenant du dioxyde de titane.
Des résultats accablants
Ce colorant alimentaire blanc est susceptible d’être présent sous forme nano. Les résultats sont accablants. Tous nos échantillons contiennent des nanoparticules. Pire, cet additif est entièrement sous forme nano dans deux produits de notre panel. La mention “[nano]” aurait donc dû figurer sur leurs étiquettes. Tel n’est pas le cas.
C’est un peu l’Arlésienne, cette affaire des nanoparticules. Voilà des années que l’industrie agroalimentaire nous assure ne pas en utiliser. Mais de quoi parle-t-on exactement ? D’un matériau à l’innocuité non garantie, dont les plus petites particules ont un diamètre inférieur à 100 nanomètres (nm), soit dix millionièmes de mètre. À titre de comparaison, il existe le même rapport de taille entre la Terre et une orange qu’entre une orange et une nanoparticule.
Pourquoi utiliser des nanoparticules ?
Réduire ainsi les matériaux (argent, silicium, oxyde de titane, etc.) offre des propriétés nouvelles : ne serait-ce que dans les aliments, les nanoparticules aident à modifier la couleur, l’odeur, le goût, la fluidité ou encore la texture. Ainsi, le dioxyde de titane (indiqué E171 sur les étiquettes), s’il est présent sous forme nano, optimise l’aspect blanchissant de ce colorant pour les glaçages et enrobages de bonbons ; il aide aussi à empêcher l’oxygène et l’humidité d’altérer le produit. Autre exemple, les nanoparticules d’oxyde de silice (E551) servent à fixer l’humidité dans les épices, ou à éviter les grumeaux dans le cacao et le café soluble.
Depuis décembre 2014, le règlement européen sur l’information du consommateur (Inco) contraint théoriquement les fabricants à apposer la mention “[nano]” avant le nom de l’ingrédient concerné. Histoire d’enfoncer le clou avant de quitter ses fonctions, l’ex-ministre de l’Environnement Ségolène Royal a publié, le 5 mai dernier, un arrêté venant rappeler cette obligation d’étiquetage.
Une obligation d’affichage bien théorique
« Il a au moins le mérite de rendre la réglementation plus visible, souligne Danielle Lanquetuit, médiatrice d’Avicenn, association citoyenne de veille sur les nanos. Les industriels pourront difficilement esquiver cette obligation. » Sont concernés par ce texte les composés présentant une ou plusieurs dimensions de l’ordre de 100 nm ou moins ; il peut aussi s’agir d’agglomérats ou d’agrégats ayant une taille supérieure à 100 nm, mais qui conservent des propriétés typiques de la nanoéchelle ». Mais si l’on en croit les étiquettes des produits alimentaires vendus dans les supermarchés français, aucune nano n’entre dans la composition des aliments. Ils seraient donc “zéro nano”… Trop beau pour être vrai ?
Il y a encore deux ans, peu de laboratoires étaient en mesure de contrôler ces allégations. De fait, les pouvoirs publics ne disposaient pas d’outils suffisants pour faire appliquer la réglementation Inco. Autrement dit, la commercialisation d’une nouvelle technologie a été autorisée sans disposer des bons outils de surveillance et d’évaluation.
Depuis peu, on peut détecter leur présence
Bonne nouvelle : on sait désormais vérifier techniquement cette présence au cœur des produits finis. Des premiers tests de la sorte ont été menés aux États-Unis, en 2015, sur quatorze produits alimentaires. En France, l’association Agir pour l’environnement a fait de même sur quatre références salées et sucrées, s’appuyant sur les compétences d’un laboratoire rattaché au ministère de l’Industrie. Forts de ces nouvelles compétences, les États œuvrent pour mieux cadrer ces ingrédients.
Au niveau européen, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a mis en place un programme de tests de nanomatériaux manufacturés. En France, la Répression des fraudes a opéré des prélèvements en 2016 et 2017 pour analyses. Les résultats devraient être connus dans les prochains mois, sachant que « pour l’alimentaire, la grande variété des matrices et les différentes natures de nanoparticules recherchées imposent des délais plus longs pour répondre à un grand nombre de situations », selon les précisions que nous avons reçues de cet organisme…
Patricia Chairopoulos. Ingénieur : Farid Bensaïd
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