Analyses de bières
Nous avons recherché des résidus de pesticides dans 45 références. Et trouvé quelques traces, notamment du fameux glyphosate.
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Appréciée pour sa légère amertume, son effet désaltérant et ses subtils arômes, la bière a repris du galon auprès des Français. Avec 30 litres par an et par habitant, ils restent toutefois des “petits buveurs” comparés aux Allemands (107 l) et surtout aux Tchèques (144 l), les premiers consommateurs de l’Union européenne.
Selon l’association Brasseurs de France, près des deux tiers de la bière que nous consommons sont élaborés dans l’Hexagone. Guère surprenant, quand on sait que la France, avec onze millions de tonnes d’orge récoltées chaque année, est le premier producteur d’orge brassicole de l’Union européenne.
Fabriquer la bière nécessite plusieurs étapes et quelques ingrédients clés : une fois le malt d’orge brassé avec de l’eau, chauffé puis filtré, on y ajoute le houblon ; s’ensuivent l’ébullition de la mixture, sa décantation et enfin, sa fermentation. La bière ainsi obtenue est gardée à une température de 0 °C deux à cinq semaines.
Près de 250 molécules de pesticides recherchées
Comme pour d’autres produits issus de matières premières végétales, on peut s’interroger sur le niveau de contamination de la bière. Si les cultures céréalières (conventionnelles) usent largement de pesticides, l’orge n’est pas la plus “gourmande” : selon les derniers chiffres du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation (2014), elle reçoit moins de traitements que le colza ou le blé tendre. De plus, « le processus de brasserie élimine une partie des éventuels résidus », souligne Maxime Costilhes, délégué général de l’association Brasseurs de France.
La bière serait-elle indemne de pesticides ? Pour le savoir, nous avons passé au crible de nos analyses 39 bières blondes et 6 bières blanches. Près de 250 molécules de pesticides ont été recherchées.
Des résidus de glyphosate dans de nombreuses bières
Trois quarts des bières testées (34 sur 45) présentent des résidus de pesticides. Toutefois, seules quatre molécules ont été détectées ou quantifiées parmi le large spectre recherché. Trois d’entre elles sont des fongicides (boscalide, phtalimide et folpet ou folpel), à l’état de traces. Mais la mauvaise surprise a été de retrouver du glyphosate dans 25 références.
Autrefois fabriqué exclusivement par Monsanto, cet herbicide commercialisé notamment via le Roundup est très largement utilisé en agriculture. Or, en mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) l’a classé « cancérogène probable » pour l’homme. La même année, l’Agence européenne de la sécurité alimentaire (Efsa) a, pour sa part, estimé peu probable que le glyphosate représente un risque cancérogène pour l’homme, ou qu’il soit un perturbateur endocrinien.
Outre d’alimenter la controverse scientifique, le glyphosate s’est aussi invité dans le débat politique français : en mai, l’amendement visant son interdiction d’ici à 2021 a été rejeté. Et ce, malgré l’engagement présidentiel de bannir cet herbicide dans les trois ans…
Patricia Chairopoulos. Ingénieur : Farid Bensaïd
Téléchargez l’intégralité de notre article et les résultats complets de notre essai publié dans le n° 539 de 60 Millions (juillet-août 2018) :