Sur la route des vacances, il y a de l’eau dans le gazole

De nombreux automobilistes se retrouvent en panne après avoir fait le plein. En cause : du gazole contaminé avec de l’eau. Plusieurs milliers d’euros de réparation sont nécessaires pour chaque voiture. Un problème méconnu, mais pas exceptionnel…

Par La Rédaction

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Famille en panne sur la route
voiture en panne pendant les vacances

La route des vacances s’est arrêtée à la station BP de l’aire de Fabrègues (Hérault) le 17 juillet dernier pour une vingtaine d’automobilistes. « Après avoir fait le plein de gazole, nous avons à peine pu faire dix mètres pour nous garer : la voiture a calé et impossible de redémarrer, raconte l’un d’eux. Nous nous sommes alors aperçus que tous les véhicules autour de nous étaient dans le même cas. »

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Le problème venait du carburant. « Il y avait une certaine quantité d’eau dans la cuve », reconnaît Éric Brisard, directeur marketing du réseau des stations de marque BP, interrogé par 60 Millions de consommateurs. « Il s’agit d’une cuve tampon, qui ne sert que pour les jours de grands départs. Nous avons depuis vérifié son étanchéité et n’avons trouvé aucun trou. »

Cette fois-là, BP paiera pour les dégâts

L’eau est-elle arrivée de l’extérieur ou était-elle déjà là lors de la livraison ? Le mystère n’est pas totalement éclairci mais les dégâts, eux, sont bien réels. BP a contacté vingt-deux clients pour prendre en charge leurs frais de dépannage, de réparation et de rapatriement. L’affaire devrait lui coûter « quelques dizaines de milliers d’euros », indique Éric Brisard.

Si le coût est si élevé, c’est que les réparations sont lourdes : il faut changer les injecteurs, la pompe à injection… « Un moteur n’est pas prévu pour absorber de l’eau, commente Yves Lemaire, en charge du dossier de la qualité des carburants au sein de la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC). Certains véhicules, notamment parmi les modèles récents, y sont plus sensibles que d’autres. »

D’autres victimes, par dizaines, en sont pour leurs frais

À Fabrègues, la mésaventure s’étant produite sur une station d’autoroute un week-end de grands départs, les victimes sont nombreuses. Cela a joué en leur faveur : l’origine de la panne était facile à identifier et BP pouvait difficilement dégager sa responsabilité.

Il n’en va pas de même pour les victimes isolées. Depuis le début de l’année, 60 Millions a reçu une quarantaine de témoignages de personnes dont la voiture s’est retrouvée hors service après un plein de carburant. Le plus souvent, il s’agit, comme à Fabrègues, de gazole contaminé avec de l’eau ; plus rarement d’une suspicion de mélange avec de l’essence.

Mais les distributeurs de carburant ne sont pas prompts à reconnaître leurs torts, laissant les victimes avec une addition pouvant atteindre 2000, 3000 voire 4000 €. Une grande surface de Charente-Maritime n’a rien voulu savoir : suite à une panne en février dernier, la cliente avait pourtant réalisé à ses frais une analyse confirmant la présence d’eau dans le gazole.

La condensation, cause de cette curieuse contamination ?

Pourtant, le problème est largement connu des professionnels – 60 Millions l’a d’ailleurs déjà dénoncé par le passé (lire par exemple notre enquête parue en novembre 2009). Il s’explique le plus souvent par un phénomène de condensation dans la cuve : le carburant subit une variation de température en passant du camion de livraison à une cuve plus fraîche que lui en été, ou plus chaude en hiver. D’où la présence d’eau.

C’est d’ailleurs un des critères analysés par les autorités lors de leurs contrôles sur les carburants. « Les professionnels sont responsables de la qualité des carburants qu’ils distribuent. La présence d’eau n’est tolérée qu’à l’état de traces. La réglementation fixe la limite à 200 ppm [parties par million], soit 200 milligrammes par kilo », explique Yves Lemaire.

Des cas qui restent trop rares pour mobiliser

De manière générale, les non-conformités en matière d’eau dans le carburant sont rares : sur les quelques centaines de contrôles annuels réalisés pour le compte de l’administration, aucune n’a été décelée en 2007, 2008 et 2009. En 2010, deux cas ont été relevés mais, précise la DGEC, « l’eau était présente dans des quantités trop faibles pour provoquer des pannes moteur ».

Bref, le problème ne mobilise que peu, les cas étant en nombre dérisoire. Nettement moins dérisoire est le montant de la facture, pour les particuliers touchés !

« S’il y a un cas isolé, il n’est pas certain que l’origine soit la dernière station-service. Il peut y avoir des phénomènes plus complexes. L’eau peut aussi s’accumuler au fil du temps dans le réservoir du véhicule », prévient toutefois Yves Lemaire. Un argument que dégainent un peu trop facilement certains professionnels pour éviter de dédommager leurs clients…

Fanny Guibert

Comment réagir

Votre voiture tombe en panne juste après avoir fait le plein ? Commencez par vous retourner contre le propriétaire de la station-service. Pour avoir une chance d’obtenir gain de cause, il faut souvent faire réaliser un prélèvement et une analyse du carburant dans le réservoir.

En parallèle, saisissez le service chargé de la répression des fraudes dans votre département et alertez la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC – Grande Arche, paroi nord – 92055 La Défense cedex).