Vente d’éthylotests en ligne : l’été des profiteurs
Des entreprises mal identifiées vendent des éthylotests alors qu’elles n’en ont pas assez en stock, voire pas du tout, des pirates se font passer pour un service public afin de soutirer vos coordonnées bancaires, en copiant des sites pas tout à fait irréprochables non plus… Les vendeurs fantaisistes se multiplient, trois semaines après l’entrée en vigueur de l’obligation de s’équiper.
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C’est actuellement le concours le plus en vue entre cybermarchands : qui réussira à vendre le plus d’éthylotests en ligne, parfois en trompant le consommateur ? Pour faire leur beurre, et alors que les fabricants livrent au compte-goutte, des entreprises – ou individus – surfent sur l’obligation faite aux conducteurs de voitures et motos de s’équiper, depuis le 1er juillet, d’un éthylotest chimique ou électronique.
L’entreprise ne s’identifie pas
Les sites ne respectant pas la réglementation de la vente à distance fleurissent. La vague, que 60 Millions avait vu poindre à l’horizon dès le mois d’avril, s’amplifie. Un exemple avec Ethylotestonline.fr. Les mentions légales ne renseignent pas sur l’identité de l’entreprise, n’évoquent pas le droit de rétractation et la garantie du produit. On y lit que la fixation d’une date n’a « qu’un caractère indicatif », ce qui est, là aussi, illégal…
Son gérant se veut pourtant rassurant : « On est en train de recevoir des produits, on va mettre le nom de notre entreprise et son numéro au registre du commerce ». Quand on lui demande quel est son métier, il répond benoîtement : « On fait de la mode, et un peu de tout comme des éthylotests ».
Autre exemple : le site Ethylotestfacile.fr, repéré parce qu’il fait référence aux services ministériels de la Sécurité routière avec un logo imitant la forme et la police de caractère du logo officiel. Le professionnel est spécialisé dans la serrurerie et la plomberie… L’administration lui a rappelé le droit de la consommation, mais le gérant n’a toujours pas indiqué le nom de son entreprise et autres mentions légales…
Rien n’est gratuit !
Certes, pour vendre des éthylotests, il ne faut pas de qualification professionnelle particulière, mais ces deux exemples soulignent combien certains tentent de se faire de l’argent rapidement sans trop savoir ce qu’exige la loi en matière de vente à distance (voir fiche "Acheter en ligne", publiée par l’Institut national de la consommation).
Dans un autre registre, nous avons déjà évoqué le site Ethylotestgratuit.org, qui propose un abonnement à 29,96 € par mois pour recevoir huit éthylotests chimiques. Il n’y a donc rien de « gratuit ». Le site a ajouté une mention pour indiquer que le premier envoi d’éthylotest coûte 0,99 €, soit les frais de port. Puis une formule sibylline : « Si vous ne manifestez pas votre souhait de ne pas vous abonner à Ethylotest-Gratuit.org, ce service vous sera facturé 19,96 € par mois, livraison comprise ». Or, le service est bien facturé 29,96 €, comme l’indiquent les conditions générales de vente et les témoignages que nous avons reçus.
La société éditant Ethylotestgratuit.org, AJMF, est une petite société au capital de 100 €, immatriculée depuis quelques mois seulement. Son gérant reconnaît des difficultés : « On a été en rupture de stock, notre erreur a été de penser que cela se résoudrait vite ». Aujourd’hui, le piquant de l’histoire est que le site Ethylotestgratuit.org a été piraté.
Des consommateurs ont reçu des courriers électroniques avec le logo de la République française et à l’en-tête du site officiel Service-public.fr, dont la pièce jointe renvoyait vers… une copie incomplète mais très ressemblante de Ethylotestgratuit.org. Il n’y a pas de conditions générales de vente en bas de page, par exemple.
La patience est une vertu
Ce n’est rien d’autre que du phishing, une technique permettant de récupérer des données personnelles comme les coordonnées bancaires, pour prélever indûment des sommes ne correspondant à aucune commande. Un enquêteur confirme le piratage et appelle à la vigilance : « La société AJMF est peut-être victime mais elle doit assumer, elle surfe sur la vague et veut gagner de l’argent en peu de temps ».
Dans cette foire d’empoigne virtuelle, le consommateur paie en ce moment les pots cassés. Mieux vaut être patient et attendre que les pharmacies et supermarchés se réapprovisionnent en éthylotests plutôt que de mordre à un hameçon sur Internet ! D’autant que si l’équipement est obligatoire depuis début juillet, les forces de l’ordre ne verbaliseront qu’à partir du 1er novembre.
Florent Pommier
Pour éviter de vous faire flouer, suivez nos conseils.
- Ne faites confiance à une entreprise que si elle est transparente et affiche des informations dans la partie « mentions légales » du site : numéro de registre du commerce, adresse, numéro de téléphone, nom du gérant, etc. Si vous ne parvenez pas à bien identifier la société, passez votre chemin.
- Le site doit indiquer un délai de livraison et prévoir un service après-vente facilement joignable par téléphone (testez-le avant). Il doit aussi vous permettre de faire jouer votre droit de rétractation sous sept jours.
- Ne cherchez pas à recevoir un éthylotest présenté comme « gratuit ». Méfiez-vous des abonnements en la matière.
- Ignorez les courriers électroniques à l’en-tête républicain et qui renvoient vers un site d’achat d’éthylotest.
> Si vous remarquez d’autres sites problématiques, n’hésitez pas à nous le faire savoir : redactionweb@inc60.fr. Si vous recevez un courrier électronique se faisant passer de près ou de loin pour un service officiel, signalez-le au Ministère de l’Intérieur via le formulaire en ligne www.internet-signalement.gouv.fr.