Adapter son jardin au manque d’eau, c’est possible (et pas forcément compliqué)

Nos plantes d’agrément souffrent un peu plus chaque été. Faut-il renoncer à les cultiver ? Pas forcément. Conseils et idées pour évoluer en beauté.

Par Cécile Blaize et Laure Marescaux

Publié le

Un jardin adapté à la sécheresse
Getty Images

De plus en plus de jardiniers amateurs doivent composer avec le manque d’eau. « Le jardin du futur va ressembler au jardin méditerranéen, qui fleurit beaucoup avant de manquer d’eau, entre la fin de l’hiver et le mois de juin, puis repart en automne dès qu’il a plu », explique Brigitte Lapouge-Déjean, autrice de Jardins secs, s’adapter au manque d’eau (publié chez Terre Vivante), qui a créé avec son mari les jardins de l’Albarède, un jardin à visiter près de Sarlat (Dordogne). Pour l’heure, la question est de savoir si l’on peut sauver nos plantes fétiches des périodes de sécheresses annoncées.

Quels jardins sont les plus exposés à la sécheresse ?

Autrefois réservée aux contrées méridionales, « la sécheresse concerne maintenant régulièrement tout le sud de la Loire et les zones littorales atlantiques et progresse vers la Normandie, la Région parisienne, la Bourgogne », constate Brigitte Lapouge-Déjean. Et dans ces régions peu habituées au manque d’eau, la moindre absence de pluie peut créer un stress hydrique important.

De plus, la disposition de votre jardin peut tout changer : « À quelques centaines de mètres près, l’aridité sera différente s’il descend en terrasses face au soleil ou s’il s’étend sur une pente fraîche exposée au nord », précise la spécialiste. Sans compter que la structure du sol est elle aussi déterminante, du fait des différences de capacité d’absorption et de conservation de l’eau selon les types de terre.

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Comment préserver les plantes installées ?

Si les aromatiques (qui ont la faculté de développer une bulle d’huiles essentielles anti-sécheresse) et la majorité des plantes de rocaille résistent aux conditions de sécheresse, ce n’est pas le cas de toutes les plantes « classiques » des jardins. Pour préserver ces dernières, quelques ajustements s’imposent.

  • Placez ensemble les plantes de même provenance, pour adapter les arrosages : « Oubliez les lavandes au milieu de massifs de vivaces à l’anglaise », insiste Brigitte Lapouge-Déjean. Au besoin, déplacez la lavande avec les plantes de rocaille.
  • Conservez vos bulbes, dont les fleurs disparaissent en été mais qui restent bien vivants sous terre.
  • Décalez les semis pour continuer à cultiver les annuelles quelle que soit la région. « Dans les régions soumises à la chaleur et à la sécheresse, la culture des annuelles est souvent déroutante, car rien ne correspond à ce qui est indiqué sur les sachets de graines », reconnaît Brigitte Lapouge-Déjean. C’est votre cas ? Semez dès octobre en pleine terre les bleuets, coquelicots, adonis, nielles… Et lors d’une deuxième vague en avril les cosmos, kochias, lavatères, célosie, Lopezia, roses d’Inde… Ajoutez des couvre-sol au pied de vos plantes favorites pour limiter l’évaporation et, surtout, paillez dès que les frimas sont derrière vous.
  • Laissez pousser les herbes « folles » aux pieds des arbres et semez des graminées : « Elles résistent très bien au sec, poussent quand les autres plantes régressent, formant des haies momentanées protectrices des autres cultures », conseille Brigitte Lapouge-Déjean. « Il faut réapprendre à associer les différentes strates du jardin, herbacée, arbustive, arborée, car elles se rendent service et se protègent », explique Aymeric Lazarin, écologue-paysagiste et enseignant, auteur de Je crée ma pelouse écologique, refuge de biodiversité (publié chez Terre Vivante).

Doit-on renoncer aux rosiers ?

Non. Star du jardin, le rosier supporte la sécheresse. Mais attention tout de même : tout dépend des espèces et de la variété. Oubliez les roses anglaises, les hybrides modernes classiques, les rosiers à grosses fleurs et larges feuillages, gourmands en eau.

Tournez-vous vers « des variétés anciennes à petites fleurs, les botaniques et les rosiers dits paysagers », recommande Brigitte Lapouge-Déjean. Méfiez-vous des « hybrides remontants et rosiers grimpants remontants, qui ont besoin d’eau pour reprendre des forces et fleurir en été ». Parmi ses favoris : New Dawn, Rosa ×dupontii, Marie Robert, Rosa macrantha, Agathe incarnata et Nozomi.

La couv du HS sécheresse

Sécheresse : sauver sa maison, adapter son jardin

Plus d’une maison sur deux est bâtie sur un sol sensible à la sécheresse, capable de mouvements de terrain. Mais plus de la moitié des déclarations de sinistre pour cause de sécheresse sont classées sans suite par les assureurs.

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Et si vous passiez au jardin sec ?

« Au lieu de lutter contre le climat et le sol, il vaut mieux consacrer son énergie à rechercher les plantes adaptées à l’environnement local », s’enthousiasme Olivier Filippi, pépiniériste et botaniste. Oui, mais lesquelles ? Tout d’abord « sélectionnez les nouvelles recrues sur leur fiche d’identité plutôt que sur leur belle frimousse », conseille Brigitte Lapouge-Déjean.

À cet effet, Olivier Filippi a élaboré une échelle de résistance à la sécheresse, de 1 à 6, pour chaque espèce (à découvrir dans son livre Pour un jardin sans arrosage, publié chez Actes Sud). Information à coupler bien sûr à la nature du sol de prédilection et à l’exposition nécessaire à la plante.

  • Évitez les plantes grandes et trop « belles » : plus les conditions climatiques sont difficiles, plus il faut planter de petits végétaux. Lors de l’achat, vérifiez le ratio feuilles/racines. La hauteur des racines doit être égale à celle de la plante.
  • Préférez les variétés provenant de zones ayant les mêmes conditions climatiques que chez vous, et privilégiez les pépiniéristes qui multiplient eux-mêmes leurs plantes et les connaissent de A à Z.
  • Côté espèces, tablez sur des vivaces, arbustives ou herbacées. Certaines sont très rustiques et fleuries, tels le solidago ou gerbe d’or, certains asters, la perovskia ou lavande d’Afghanistan, la lychnide, la stipa, la gaura ou les sauges arbustives. Essayez les légumineuses, dont beaucoup font partie des plantes pionnières des milieux secs (la violette vesce craque, la psoralée bitumineuse et l’indigotier, le mélilot jaune, le baguenaudier). N’omettez pas de couvrir les murs : les grimpantes permettent de rafraîchir l’atmosphère de plusieurs degrés. Au choix, chèvrefeuille, rosier de Banks ou vigne vierge forme naine.

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Comment arroser efficacement ?

Arrosez beaucoup mais peu souvent pour favoriser l’enracinement profond. Surtout, évitez l’aspersion d’une eau très froide sur des plantes chaudes. Cela crée des nécroses dues au choc thermique ! À ce titre, les oyas constituent une bonne option. Les racines s’hydratent selon leurs besoins par capillarité avec ces pots d’argile poreuse, limitant le stress hydrique et sans aucun choc thermique.

Ça ne marche pas ?

Ne vous inquiétez pas trop vite. Certaines plantes perdent entièrement leur feuillage au moment de la saison sèche. Mieux vaut en garder une qui a déjà résisté à une sécheresse qu’une nouvelle qu’il va falloir acclimater. « Faites au moins trois essais, dans des conditions différentes, avant de décider qu’une plante ne convient pas », conseille Olivier Filippi. Oui, on peut déplacer une plante avec succès ! Sachez aussi que certaines plantes meurent si… on les arrose durant l’été !

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« L’arrosage automatique tuera aussi sûrement qu’une puissante dose de désherbant la belle Salvia candelabrum, le magnifique frémontodendron couvert de fleurs jaunes, la Lithodora fruticosa au bleu vibrant ou l’Ebenus cretica aux fleurs roses, douces et soyeuses », prévient Olivier Filippi. Enfin, lâchez prise… « La multitude des paramètres est telle qu’on ne peut jamais être parfaitement sûr du résultat », rassure le spécialiste. Plus que jamais, testez et osez, c’est à ce prix que votre jardin s’adaptera.

Portrait-robot de votre sol : faites le test !

Savoir de quoi est constitué votre sol est primordial. Comme l’explique la jardinière Brigitte Lapouge-Déjean, « le choix d’espèces bien adaptées au sol permet de diminuer les arrosages tout en conservant un jardin luxuriant ». Olivier Filippi, spécialiste du jardin sec, suggère un test tout simple. Prenez deux poignées de terre en main et voyez si vous pouvez former un boudin :

  • Vous obtenez un boudin souple et malléable qui ne se casse pas ? Votre terre est plutôt argileuse. Votre sol est donc collant et se gorge d’eau lors de fortes précipitations. En revanche, il se craquelle et forme des crevasses par temps sec. Inconvénient : vous devrez le drainer pour qu’il accueille les racines en profondeur. Avantage : vous pouvez espacer les arrosages.
  • Votre boudin est fragile, cassant ? Votre terre est riche en limons. Après les pluies, une croûte se forme en surface, délétère pour la levée des semis.
  • Impossible de former un boudin ? Vous avez un sol sablonneux. Il retient mal l’eau et se dessèche vite. Les arrosages seront nécessaires, peu fréquents mais abondants.
  • Vous n’avez tout simplement pas assez de terre pour former un boudin ? Votre sol est rocheux. Le jardin sec s’implantera à merveille chez vous, de belles poches humides se créant sous les grosses pierres, refuge frais pour les racines.

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