Ces commerçants qui vous font payer leurs mesures anti-Covid

Coiffeurs, garagistes, dentistes… De nombreux professionnels facturent aux clients des dispositifs et équipements sanitaires, parfois au prix fort.

Par Fabienne Loiseau

Publié le

coiffeurs et clients protégés du coronavirus dans un salon de coiffure à Rennes
Hans Lucas via AFP

Le 19 mai, Béatrice fait faire la révision de sa voiture dans son garage Citroën. Stupéfaction quand elle découvre que 49 € de frais lui sont facturés en plus pour un « forfait désinfection ».

« Le garagiste m’a expliqué que c’était une question de santé publique et que tous les garages appliquaient ce tarif, explique cette automobiliste. Je veux bien participer à l’effort qui est demandé, mais certainement pas de cet ordre. »

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Masques, produits désinfectants et temps de nettoyage

Bien d’autres consommateurs nous ont écrit ces dernières semaines pour dénoncer les surcoûts qui leur sont imposés en raison de la lutte anti-Covid. Les garagistes sont particulièrement cités, mais également des coiffeurs, des instituts de beauté ou encore des dentistes.

La plupart du temps, il ne s’agit que de quelques euros, mais le tarif peut grimper à plus de 50 € dans certains secteurs. Les professionnels invoquent le coût induit par les protocoles sanitaires stricts qu’ils doivent suivre pour protéger leurs clients et leurs salariés.

À l’achat des équipements de protection (masques, visières, gants, parfois blouses ou surblouses) et des produits désinfectants, s’ajoute le temps consacré au nettoyage et à la désinfection du matériel et des lieux, voire à la réorganisation des services.

Chez Citroën, une désinfection plus poussée sur demande

Interrogé, le groupe PSA (pour les garages Citroën) explique qu’il préconise la mise en place d’une « contribution client » au tarif maximum recommandé de 15 € TTC. Même si les concessionnaires restent libres d’appliquer un tarif différent.

Deux forfaits comprenant une désinfection plus importante sont proposés par la marque, mais uniquement aux automobilistes qui en font la demande : 29 € pour un assainissement poussé, et 49 € pour une désinfection manuelle complète (censée prendre environ 40 minutes).

Des garagistes imposeraient le nettoyage complet

Selon les témoignages que nous avons reçus, comme celui de Béatrice, des garagistes imposeraient ces nettoyages plus poussés sans l’accord préalable du client.

Le groupe PSA invite les consommateurs concernés à réclamer auprès de leur concessionnaire ou – s’ils n’obtiennent pas satisfaction – à contacter le service relations clientèle Citroën par téléphone au 09 69 39 18 18 ou sur son site web.

Une protection pas à la hauteur du prix

Chez les coiffeurs, la participation est souvent de l’ordre de quelques euros. Les salons Franck Provost majorent leurs prestations de 2 € « afin de vous garantir le meilleur matériel de protection et son renouvellement systématique » : gel hydroalcoolique à disposition, désinfection des outils de coiffage, des sièges et fauteuils, des poignées et matériels d’encaissement, peignoir à usage unique, distanciation d’un mètre dans le salon…

Pour Émilie, les 2,50 € appliqués par une chaîne de coiffeurs du Sud-Ouest sans qu’elle en soit informée au préalable passent mal : « Pourquoi ? Les peignoirs ne sont pas des jetables, une simple fiole de gel sur le comptoir… et un lavage des fauteuils au sopalin et produit désinfectant, ce qui est le minimum ! Je trouve scandaleux que le consommateur fasse les frais de cette situation. »

Même réaction de Sylvain sur Twitter :

5€ de “supplément Covid” chez le coiffeur. Pour le masque jetable du coiffeur, et 2 pschits de gel hydroalcoolique... Qu’on paie un supplément aucun problème mais au prix réel. Solidaire mais pas pigeon !

Plutôt que de facturer des suppléments, certains coiffeurs préfèrent mettre une cagnotte à disposition de leurs clients. Libre à ces derniers de participer, s’ils le souhaitent, aux frais liés à l’épidémie.

Ces suppléments sont-ils autorisés par la loi ?

Nombre de nos lecteurs s’interrogent sur la légalité de ces suppléments. Les prix sont fixés librement en France et chaque professionnel a donc le droit d’appliquer ceux qu’il souhaite, à une condition toutefois : informer très clairement son client au préalable par une affiche visible et lisible en boutique – ainsi que dans le devis, s’il y a un devis.

En cas d’abus manifeste – si, par exemple, aucune mesure de protection particulière n’est mise en place ou si le tarif est clairement trop élevé –, vous pouvez faire un signalement sur le site officiel SignalConso à la rubrique coronavirus.

20 € par séance chez certains dentistes

Plus surprenant, des dentistes facturent eux aussi un supplément. C’est au moment de payer que Françoise se voit réclamer la somme de 20 € par séance chez son dentiste (qui applique des dépassements d’honoraires).

« Je n’ai pas été prévenue au début du soin et il n’y avait aucun affichage à la réception », précise cette habitante de la métropole bordelaise. Or, ce forfait aurait normalement dû être indiqué sur le devis.

Certes, les contraintes pour se prémunir du virus sont très importantes pour les dentistes, comme le prouvent les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS). Mais de nombreux dentistes peuvent profiter de différents dispositifs d’aide, notamment de la subvention Prévention Covid prévue par l’Assurance maladie pour l’installation de matériel de protection (vitres, plexiglas, etc.).

Baisse de pouvoir d’achat ? Pour les patients aussi !

Par ailleurs, l’Ordre national des chirurgiens-dentistes rappelle les dispositions du code de déontologie « aux praticiens qui seraient tentés par la mise en place d’un tel “forfait” ». Et ce d’autant que « la plupart des patients ont eux aussi été impactés sur le plan économique, et qu’ils ont subi des baisses de pouvoir d’achat pour la majorité d’entre eux ».

L’article R. 4127-215 du code de la santé publique « interdit l’exercice de la profession comme un commerce », quand l’article R. 4127-233 oblige le praticien à « agir toujours avec correction et aménité envers le patient et à se montrer compatissant envers lui ».

Si tous les commerçants et professionnels commencent à facturer ces mesures exceptionnelles, le budget des familles risque d’être encore plus durement impacté.

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