Rachat d’or : une bien précieuse réglementation
Les consommateurs qui revendent leurs bijoux disposeront bientôt d’un délai de rétractation de vingt-quatre heures. Il s’agit de lutter contre les méthodes douteuses de certaines officines qui rachètent l’or à vil prix, comme l’a montré une récente enquête de l’Institut national de la consommation.
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Bientôt, il sera plus difficile d’arnaquer les consommateurs qui revendent leurs vieux bijoux. Dans le cadre du projet de loi relatif à la consommation, les députés ont adopté des mesures pour mieux encadrer l’activité de rachat de métaux précieux (or, platine, argent…).
Alors que les boutiques spécialisées ont fleuri ces dernières années à la faveur de l’envolée des cours, la disposition s’attaque au manque de transparence du secteur.
Affichage obligatoire des prix proposés
Le projet de loi adopté par les députés en première lecture prévoit l’affichage obligatoire des prix de rachat proposés. Il instaure également un délai de rétractation de vingt-quatre heures : le consommateur pourra donc changer d’avis sans avoir à se justifier. Une façon de mieux protéger les vendeurs, d’autant plus vulnérables qu’ils revendent souvent leurs bijoux de famille par nécessité.
L’initiative est salutaire. Dans les boutiques spécialisées, le consommateur n’est jamais assuré de faire une bonne affaire : sous couvert de tarifs prétendument indexés sur le cours de l’or, certains professionnels rachètent les bijoux à vil prix.
Des tarifs qui varient du simple au double
Fin 2012, l’Institut national de la consommation (INC, l’éditeur de 60 Millions de consommateurs) réalisait une enquête dans cent cinquante boutiques, au moyen de clients mystère. Résultat : les propositions font le grand écart. Ainsi, pour un même lot de bijoux, une boutique proposait la reprise pour 1000 € quand, dans la rue voisine, une autre n’en proposait que 531 € !
Aucune des cent cinquante boutiques visitées n’affichait le prix de rachat au gramme. Certains racheteurs d’or s’étaient d’ailleurs comportés comme des marchands de tapis : face à la déception des clients mystère à l’annonce du prix de rachat, un quart d’entre eux avaient accepté de revoir l’évaluation à la hausse.
Les opérateurs du Net dans le collimateur
La future loi impose aussi la remise d’un contrat écrit au consommateur, accompagné du bordereau de rétractation. « Ces conditions rendront très compliqué l’achat à distance », a expliqué Razzy Hammadi, rapporteur du projet de loi, en défendant l’amendement.
Il est vrai que de nombreuses plaintes portent sur des sociétés opérant sur Internet. En 2011, 60 Millions avait épinglé à plusieurs reprises les méthodes d’OrPostal, un site web dont le siège est situé à l’île de Man (voir notre article du 30 novembre 2011).
« On voit flotter des billets sur l’écran de télévision »
L’ombre d’OrPostal a d’ailleurs plané sur le débat parlementaire, sans que son nom soit explicitement cité. La députée Valérie Boyer aurait souhaité que soit également encadrée la publicité pour le rachat d’or : « Je m’étonne, a-t-elle ainsi déclaré, qu’on laisse prospérer, à des heures où les personnes âgées sont devant leur poste de télévision, des publicités qui vantent l’achat d’or contre rétribution d’argent – on voit flotter des billets sur l’écran de télévision – alors que les sociétés qui achètent l’or sont basées hors de France, à l’île de Man par exemple, et échappent à tout contrôle fiscal. »
La nouvelle réglementation protectrice n’entrera pas en vigueur avant plusieurs mois. Il faut attendre pour cela que le Parlement achève l’examen du projet de loi et que les textes d’application soient publiés. En attendant, si vous revendez de l’or, visitez plusieurs points de rachat avant de vous décider. Faire jouer la concurrence est le meilleur moyen de connaître le juste prix de ses bijoux.
Benjamin Douriez