Arnaque à la rénovation énergétique : comment les fraudeurs vous piègent
Prix gonflés, faux bilans énergétiques, démarchage agressif… Les escrocs ont plus d’un tour dans leur sac pour vous tromper, révèle la DGCCRF.
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C’est la veille de la réouverture guichet MaPrimeRénov’ pour les rénovations d’ampleur, le 30 septembre 2025, après une pause forcée en raison de fraudes massives, que la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a choisi de rappeler que les consommateurs restent la proie d’une vague d’arnaques à la rénovation énergétique.
Isolation des murs, du toit, pompes à chaleur, panneaux solaires… Les directions départementales de protection de populations (DDPP) sont submergées de plaintes. En 2024, près de 26 000 signalements liés à la rénovation énergétique ont été déposés par des victimes sur la plateforme Signal Conso, soit un peu plus de 71 par jour.
Entre hausse du prix de l’énergie et impératifs écologiques, la rénovation des logements suscite des vocations « aussi bien des entreprises sérieuses que des acteurs mal intentionnés », constate la DGCCRF.
Prix gonflés, fausses promesses et documents flous
Entreprises de bâtiment, prestataires, démarcheurs, sous-traitants, établissements de crédit, accompagnateurs Rénov’… En 2024, la Répression des fraudes a contrôlé, après ciblage, un millier de professionnels. Un tiers d’entre eux (34 %) a fait l’objet de mesures correctives et répressives.
Elle a pu dresser la liste des pratiques crapuleuses. Les plus fréquemment utilisées ? D’abord la collecte des coordonnées personnelles via des sites trompeurs (tests d’éligibilité aux aides publiques ou demandes de devis), des opérateurs frauduleux se présentant même comme mandatés par des organismes publics, collectivités ou associations.
Autres appâts lancés par les escrocs : la promesse d’un autofinancement rapide du fait des économies générées par l’installation de panneaux photovoltaïques, la mention d’aides publiques inexistantes ou inapplicables et la minimisation du reste à charge. Parfois, les prix sont réduits artificiellement avec une pression pour signer immédiatement, sans respect du délai de rétractation.
Les bons de commande peuvent aussi être flous ou illisibles, les équipements livrés pas détaillés et les produits installés de piètre qualité. Dans certains cas, les clients démarchés souscrivent des crédits sans s’en rendre compte. Les factures délivrées aux consommateurs sont souvent incomplètes, rendant difficile l’exercice des recours en matière de garantie décennale.
20 000 euros de préjudice moyen par chantier
Très souvent aussi, les malfaçons apparaissent, qu’il s’agisse de travaux d’isolation du logement, d’installation de pompes à chaleur ou encore d’équipements de production d’énergies renouvelables. Les montants des préjudices sont évalués en moyenne à 20 000 euros par dossier, selon les unions locales de l’UFC-Que Choisir.
Les exemples sont malheureusement nombreux, comme la récente condamnation du gérant des sociétés Capsoleil et Photoclim en Seine–Saint-Denis, Hossem Rahmouni. Ce qui lui est reproché ? Du classique dans ce secteur : pratique commerciale trompeuse, agressive, faux et usage de faux. Le 15 septembre dernier, il a été condamné à un an d’emprisonnement avec sursis probatoire, après avoir comparu sur reconnaissance préalable de culpabilité. Il doit indemniser les victimes, verser les sommes dues au Trésor public ainsi que 65 000 euros d’amende délictuelle. Ses sociétés ont écopé respectivement de 50 000 euros et de 430 290 euros d’amende.
En Bretagne cette fois, le responsable d’une entreprise de Cesson-Sévigné (Ille‑et‑Vilaine) a été condamné en septembre à dix mois de prison avec sursis et 40 000 € d’amende pour ses pratiques commerciales trompeuses entre 2018 et 2021. Des dizaines de clients ont versé jusqu’à 70 % d’acompte sur le montant de travaux à venir, sans jamais obtenir le résultat attendu, avec au mieux des malfaçons et au pire un chantier abandonné ou jamais commencé.
Faux bilans énergétiques, démarchage agressif…
À Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor), un autre chef d’entreprise a écopé en appel de 5 ans de prison, dont 4 ans ferme, pour avoir escroqué plus de soixante personnes âgées vulnérables, avec obligation de rembourser les parties civiles à hauteur de 1,1 million d’euros. Son mode opératoire : un démarchage à domicile et beaucoup d’insistance et d’arguments fallacieux pour arracher la signature de devis exorbitants assortis d’un crédit affecté.
Dans la Sarthe, des personnes se font actuellement passer pour des agents du conseil départemental afin de proposer un bilan énergétique et suggérer l’installation de panneaux photovoltaïques. Sur les réseaux sociaux, la Mayenne a alerté aussi sur un SMS « une personne vous invite à profiter du programme de l’Agence nationale de l’habitat pour les travaux de maison ».
Ces pratiques doivent être autant de signaux d’alerte pour les consommateurs démarchés chez eux. Mieux vaut ne pas donner suite à un démarchage téléphonique ou à domicile. Car, force est de constater que les autorités administratives et judiciaires ne peuvent pas faire face à cette vague d’arnaques qui dure depuis plusieurs années, sans qu’on en voie le bout.
5 conseils pour éviter les pièges
- Renseignez-vous avant toute chose auprès d’un conseiller France Rénov’.
- Méfiez-vous des simulateurs d’aide en ligne et des démarcheurs qui prétendent agir pour le compte d’organismes publics ou de fournisseurs d’énergie.
- Comparez plusieurs devis.
- Soyez vigilants face aux annonces sur le montant des aides, les économies d’énergie promises ou la rentabilité financière de l’opération, notamment en cas de pose de panneaux photovoltaïques.
- Ne signez pas l’attestation de fin de travaux avant qu’ils ne soient réellement et totalement terminés, surtout si un crédit a été contracté.