Les bonnes affaires des distributeurs de fioul

La chute des prix du fioul a incité de nombreux consommateurs à passer commande. Mais ont-ils vraiment profité de la baisse des cours ?

Par Fanny Guibert

Publié le

livreur de fioul domestique

Pierre B. a reçu le 10 mars un message de Fioulmarket l’incitant à profiter de la chute des prix du fioul domestique. La plateforme de commande en ligne, filiale de Total, se voulait convaincante en soulignant que l’on était « au plus bas depuis décembre 2017 ».

Des livraisons en forte hausse depuis deux mois

Un peu plus de 10 % des ménages utilisent le fioul pour se chauffer et ils n’ont pas tardé à réagir à l’effondrement des prix du pétrole. La demande a grimpé une semaine avant le début du confinement.

À lire aussi

Sur l’ensemble du mois de mars, la Fédération française des combustibles, carburants et chauffage (FF3C) annonce une hausse des livraisons de 70 % par rapport au même mois de l’année dernière.

Et la demande est restée forte en avril, avec une progression de 40 à 50 %. Les distributeurs de fioul ont donc engrangé beaucoup de ventes au cours des deux derniers mois.

Effondrement des cours du pétrole

Pierre, lui, n’a pas finalisé sa commande avec Fioulmarket. Il a estimé que les prix n’avaient pas assez baissé et qu’on ne lui permettait pas de profiter vraiment de l’effondrement des cours du pétrole.

Mais il faut se méfier des comparaisons hâtives. La matière première – le pétrole brut – n’est qu’une composante du prix total du fioul domestique. Il faut tenir compte également des coûts de transport et de distribution, et de la fiscalité. Le prix payé par les consommateurs ne suit donc pas intégralement l’évolution des cours du brut sur les marchés.

À LIRE AUSSI >>> Chauffage à 1 €, c’est tentant…
 

Les prix du fioul ne suivent pas la baisse des cotations

Les comparaisons auxquelles nous avons procédé montrent toutefois un décalage important. Nous avons regardé les cotations du fioul domestique sur le marché de Rotterdam. Nous les avons comparées avec les prix moyens hors taxes pratiqués sur le marché français.

Bilan : les cotations du fioul domestique se sont effondrées de près de 30 % en mars et de 25 % en avril. Les prix de vente hors taxes, eux, n’ont baissé que de 12 % en mars et 10 % en avril.
 

 

Quelques difficultés logistiques pendant le confinement

Y a-t-il des raisons techniques pour justifier ce décalage ? La FF3C indique avoir dû faire « un peu de gymnastique logistique ». L’effondrement de la demande sur les carburants aurait en effet provoqué de la pagaille sur la mise à disposition du fioul.

À lire aussi

L’organisation professionnelle pointe aussi des délais de livraison qui ont pu s’allonger pour cause d’indisponibilité du personnel. Mais il n’y aurait eu que 5 à 10 % d’absences chez les 1 600 distributeurs qu’elle représente, soit moins que dans d’autres secteurs. Bref, quelques « éléments de surcoût », mais qui ne semblent pas pouvoir expliquer l’écart constaté.

Des distributeurs qui ménagent leur marge

La marge brute « transport et distribution » a pourtant augmenté de 10 centimes par litre, passant de 0,18 €/l en moyenne l’an dernier à 0,28 €/l en mai selon un rapport de la Direction générale de l’énergie et du climat.

Début avril, Fioulmarket avait mis en ligne un communiqué – ni très clair ni très convaincant – pour expliquer « pourquoi la totalité de la baisse du prix du pétrole brut n’est pas répercutée dans le prix du fioul ». Sa maison mère, Total, a pour sa part opposé un silence radio à nos questions.

Les consommateurs restent perdants

Une explication claire a pourtant été fournie à Pierre. Ayant fait part de son étonnement sur le site de la plateforme, notre lecteur a été rappelé dans la demi-heure par un conseiller : « Les prix ne sont pas réglementés, Total vend peu d’essence actuellement et il n’y a donc rien d’illégal à laisser les prix actuels sur le fioul, qui continue à bien se vendre, ce qui permet à Total de conserver ses marges. »

Au final, ce sont donc les distributeurs qui semblent surtout avoir profité de la période, sans faire bénéficier pleinement les consommateurs de l’effondrement des prix du fioul.

Fanny Guibert, avec le service économique de l’INC

Ne tardez pas à commander !

Le prix du fioul domestique en France était encore en baisse le 1er mai. Ceux qui ont attendu pour faire le plein de leur cuve sont donc gagnants avec un prix moyen de 432,40 € HT pour mille litres. La semaine du 13 mars, avant le confinement, ce prix moyen était de 510,40 € HT.

Mais il ne faut sans doute plus tarder, car l’activité économique a redémarré. Sur le marché de Rotterdam, la cotation a atteint un plus bas le 30 avril ; elle est, depuis, repartie à la hausse.

À lire aussi