Panneaux solaires : bien investir avec les nouvelles règles
Vous voulez consommer votre propre électricité avec des panneaux solaires ? Le changement de règles nécessite d’être plus vigilant.
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L’engouement des particuliers pour le photovoltaïque est fort. Entre 2022 et 2024, le nombre d’installations a été presque multiplié par trois. On dénombrait ainsi près de 68 0000 producteurs en autoconsommation à la fin de l’année dernière. Le secteur est dynamique, trop pour les pouvoirs publics, qui ont décidé de réduire leur soutien. De nouvelles dispositions sont entrées en vigueur fin mars 2025.
La première mesure a consisté à supprimer la possibilité de vendre la totalité de sa production. Cette formule a longtemps prédominé : les particuliers faisaient installer des panneaux solaires sur leur toit et vendaient l’intégralité de l’électricité produite. De nombreux utilisateurs ont toujours des contrats en cours sur ce modèle, mais il n’y a désormais quasiment plus de demandes pour des ventes en totalité.
Prime et tarifs de rachat ont baissé
Aujourd’hui, le schéma le plus courant est celui de l’autoconsommation avec la vente du surplus. Les personnes produisent de l’électricité grâce à leurs panneaux photovoltaïques, en consomment une partie, et vendent l’excédent qui est injecté sur le réseau public.
Ce type d’installations bénéficie d’une prime à l’investissement versée en une seule fois après le raccordement. Avant la fin mars 2025, son montant était dégressif selon la puissance de l’installation. Les pouvoirs publics ont unifié cette prime et comprimé son montant. Elle n’est plus que de 80 €/kWc pour la période allant jusqu’au 30 septembre 2025. Résultat : une installation de 6 kWc permet d’obtenir aujourd’hui une prime à l’investissement de 480 € contre 960 €, soit deux fois moins.
Le tarif du rachat du surplus d’électricité produite a, lui, été divisé par trois. Il est tombé de 12,69 cts/kWh à 4 cts/kWh. Par exemple, un client avec un surplus de 4 000 kWh sur l’année ne percevra plus que 160 € contre 507,60 € auparavant. Ce particulier aura donc beaucoup plus de mal à rentabiliser son installation sur vingt ans avec un revenu total de l’ordre de 3 000 € au lieu de 10 000 €.
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Prudence avec les nouveaux acheteurs du surplus
Cette baisse du tarif du rachat est sévère. Joël Mercy, président du Groupement des particuliers producteurs d’électricité photovoltaïque (GPPEP), déconseille désormais la signature d’un contrat sur vingt ans avec EDF Obligation d’achat (EDF OA), avec un tarif garanti sur vingt ans. Il est, en effet, obligatoire de trouver une solution pour toutes les installations supérieures à 3 kWc. Joël Mercy indique que des acteurs alternatifs proposent le même tarif, mais avec eux au moins le client pourra faire jouer la concurrence sans attendre vingt ans. Des acteurs du secteur de l’énergie se sont effectivement lancés dans le rachat de surplus comme Urban Solar Energy, MyLight, kWatts, 3 ERL-RE… Joël Mercy annonce que d’autres vont arriver.
Problème : ce secteur est en construction et les consommateurs ne sont pas à l’abri de mauvaises surprises. Environ 600 clients qui avaient souscrit un contrat avec la société JPME n’ont pas obtenu le paiement de leur surplus l’an dernier. Les services du médiateur national de l’énergie (MNE) ont été saisis de nombreux dossiers. « La société plaide un problème de gestion interne, indique Christian Souletie, chef de pôle, adjoint à la cheffe du service Médiation. Nous parvenons désormais à avoir plus d’échanges avec les clients, mais certains d’entre eux n’ont toujours pas de factures ou n’ont pas été payés. »
Il y a donc un besoin urgent d’encadrement de la filière. Face à ces risques, certains conseillent de souscrire avec EDF OA. Le contrat rapportera peu pendant vingt ans, mais il offre une solution pérenne pour le rachat de son surplus. Si l’on s’oriente vers d’autres partenaires, il faut au moins se méfier des tarifs mirobolants proposés. « Le tarif déterminé par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) n’est pas sorti du chapeau. Il faut donc se méfier des tarifs qui en seraient trop éloignés », met en garde Christian Souletie.
Bon à savoir
La production a lieu en journée et est importante l’été. La consommation, elle, a plutôt lieu le matin et le soir. Il y a donc un décalage entre ces périodes. Conséquences : on ne parvient souvent pas à tout consommer et il faut aussi conserver un abonnement au réseau pour couvrir ses besoins. Ne croyez pas les vendeurs qui vous promettent l’autonomie avec 100 % d’autoconsommation.
L’enjeu : optimiser son taux d’autoconsommation
Le fournisseur Octopus Energy a dégainé, fin mars, une nouvelle offre baptisée « SolarPlus » avec un tarif de rachat du surplus de 13 centimes garanti pendant trois ans. Mais il n’est pas proposé seul et complète un contrat de fourniture d’électricité avec pilotage du ballon d’eau chaude et d’une batterie à distance par le fournisseur. La société explique que son offre vise à optimiser l’autoconsommation. Elle propose donc 13 cts pour séduire de nouveaux clients, mais en ayant bien l’intention d’acheter le moins possible de surplus à un prix aussi élevé !
Si le surplus ne rapporte plus grand-chose, autant consommer au maximum l’électricité produite par ses panneaux. Il a toujours été recommandé d’optimiser son taux d’autoconsommation, mais c’est encore plus nécessaire à présent.
Pour y parvenir, il faut caler le plus possible le temps de consommation de certains des appareils électriques sur les périodes de production des panneaux photovoltaïques. Autrement dit, il faut lancer lave-vaisselle, lave-linge, recharge du chauffe-eau ou de la voiture électrique lorsque le soleil est à son zénith…
Des batteries qui ne font pas toujours l’unanimité
Pour aller plus loin, la batterie de stockage est présentée comme un outil indispensable. Son prix ayant beaucoup baissé, les offres se sont multipliées. Enercoop, le fournisseur d’énergie 100 % renouvelable, fait entendre une voix divergente : « Nous ne les recommandons pas, car ces batteries au lithium ont un coût écologique, indique Adrien Jeantet, directeur des services énergétiques de ce réseau de coopératives. L’équation économique n’est pas non plus évidente, il n’est pas certain que ces batteries soient rentabilisées sur quinze ans. ».
Joël Mercy, président du GPPEP, ne réfute pas ces arguments. Il estime néanmoins qu’une batterie peut être utile. Il faut donc commencer par répondre à la question : quelle batterie pour quel usage ? Il faut aussi veiller à son installation. Elle ne doit pas être branchée n’importe où, n’importe comment. Le risque d’incendie n’est pas à prendre à la légère. « Mieux vaut la faire installer par un professionnel », conseille le président de l’association.
En complément des batteries physiques, on voit apparaître celles dites « virtuelles ». Cette appellation est problématique, car elle laisse penser que ces batteries stockent les kilowattheures en surplus pour les rendre lorsque l’on en a besoin. Or ils ne sont pas stockés, mais injectés sur le réseau. Et au lieu d’être payés, ils sont déduits des factures suivantes. Même si l’offre semble différente, elle revient à une opération de rachat avec tous les risques déjà vus.
Prendre le temps de préparer son projet
Bien dimensionner son installation dès le départ reste le meilleur moyen d’optimiser son taux d’autoconsommation. « Pour deux à trois personnes, sans équipement spécifique, il ne faut pas s’orienter vers une installation de 6kWc, mais plutôt 3 kWc », recommande Adrien Jeantet. « Dans ce nouveau contexte, si l’on a peu de moyens, il faut envisager de coller au plus juste à ses besoins et se lancer dans des installations plus petites », confirme Joël Mercy.
Pourtant, c’est l’inverse qui risque de se produire. Celles supérieures à 9 kWc bénéficient d’une prime à l’investissement et d’un tarif de rachat plus élevés. Joël Mercy s’attend donc à voir des « éco-délinquants » (lire l’encadré ci-dessous) utiliser ces arguments pour vendre des installations de 9,2 ou 10 kWc, totalement surdimensionnées par rapport aux besoins de la plupart des clients.
Aujourd’hui, encore peut-être plus qu’hier, l’important est de ne pas se précipiter et de prendre le temps de préparer pareil projet, d’autant que la TVA sur ces installations devrait baisser le 1er octobre prochain. Un nouveau taux unique de 5,5 % devrait s’appliquer. Mais la prudence reste de mise, car la baisse est actée, mais avec des conditions qui restent à définir. Il pourrait notamment y avoir l’obligation de recourir à des dispositifs de stockage ou de pilotage pour avoir droit au taux réduit.
Les éco-délinquants ne prennent pas de vacances
Joël Mercy, président du groupement des particuliers producteurs d’électricité photovoltaïque (GPPEP), se désole. Son association apporte depuis des années un soutien aux particuliers en conflit avec leur fournisseur. Mais elle n’a plus assez de bénévoles pour faire face. Alors que le nouveau contexte réglementaire fait craindre de nouvelles dérives, les anciennes sont toujours là. Nous le constatons aussi à 60 Millions de consommateurs, à travers vos témoignages.
Il y a toujours des personnes démarchées qui pensent avoir signé pour une étude, mais ont, en fait, validé un bon de commande. Il y a aussi ces panneaux payés trop cher, ce qui plombe pour toujours la rentabilité de l’installation. Sans oublier les évaluations de production erronées, les promesses exagérées de réduction des factures… Nous continuerons à alerter et dénoncer, mais nous souhaitons aussi pour améliorer la protection des consommateurs, une interdiction du démarchage ainsi que l’instauration d’un droit de rétraction pour les achats réalisés dans les foires et salons.