Rénovation énergétique : comment financer le reste à charge des travaux
Prêt éco-PTZ, prêt avance rénovation, prêt préfinancement aides rénovation… Quel est le meilleur moyen de financer vos travaux ?
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Dans un pays qui compte environ 4 millions de résidences principales classées passoires énergétiques, les banques ne font pas leur part du travail. C’est la conclusion de la « mission flash » prônant une « banque de la rénovation », dont le rapport a été remis au gouvernement en juillet dernier. Atteindre les objectifs de performance thermique des logements « suppose d’augmenter considérablement les financements bancaires », a pointé le groupe de politiques et professionnels à l’origine du rapport.
Pas assez d’éco-PTZ distribués par les banques en 2024
Le document rappelle que l’argent dépensé par les Français pour engager des travaux provient à 68,8 % de leur épargne personnelle. Les prêts ne représentent donc qu’une part minoritaire de l’effort. Henry Buzy-Cazaux, membre du Conseil national de l’habitat, n’est pas étonné de ces chiffres : « Les banques ne sont pas à la hauteur du défi. Elles commencent seulement à commercialiser des prêts spécifiques et des taux intéressants. Il y a un retard à l’allumage. »
Pour engager les chantiers de rénovation, les ménages disposent d’abord de l’éco-prêt à taux zéro (éco-PTZ). « C’est la meilleure solution de financement », estime Lucas Chabalier, responsable des questions de rénovation énergétique à l’association Agir pour le climat. Ce crédit sans intérêt prend de l’essor. Entre 2020 et 2024, sa distribution a été multipliée par 2,7, selon la Société de gestion des financements et de la garantie de l’accession sociale à la propriété (SGFGAS).
Plus de 112 000 éco-PTZ ont été distribués en 2024. « Au départ, les banques étaient chargées de contrôler la nature des travaux. Depuis, ce travail est passé entre les mains de l’Agence nationale de l’habitat (Anah), ce qui a permis de faciliter la distribution de l’éco-PTZ », analyse Yoanne Bobe, responsable de l’offre de crédit immobilier à La Banque Postale. L’Anah est l’organisme public chargé d’améliorer les logements du parc privé, en distribuant notamment l’aide MaPrimeRénov ». »
En appoint, des crédits à la consommation
Certaines banques sont plus enclines à distribuer l’éco-prêt à taux zéro. Le groupe Crédit Agricole (dont LCL) a produit 35,3 % des éco-PTZ au deuxième trimestre 2025, révèle Vincent Steinhauser, directeur du marché des particuliers du groupe. Le réseau des Banques Populaires et Caisses d’Épargne (BPCE) en revendique 23,5 %. Plus d’un éco-PTZ sur deux est donc émis par les caisses régionales de ces banques.
Tous les établissements affirment diriger « en priorité » les clients vers l’éco-PTZ. En complément, ils proposent des crédits à la consommation pouvant venir en appoint pour boucler le financement des plus gros chantiers. Car, dans 10 % des cas, le plafond de 50 000 € de l’éco-PTZ est insuffisant. Ces prêts ne doivent cependant être qu’une solution de dernier recours : ils sont proposés à des taux élevés, faisant de ces produits une solution coûteuse pour les ménages. D’ailleurs, les propriétaires les utilisent peu : ces crédits n’ont été mobilisés que dans 3,1 % des travaux d’amélioration des logements en 2024.
Bien que sans intérêts, l’éco-PTZ demeure un prêt comme un autre, avec des mensualités. Or les règles prudentielles françaises interdisent aux ménages de dédier plus de 35 % de leurs revenus nets au remboursement d’un crédit. Pour les ménages les plus pauvres – bénéficiaires du RSA par exemple –, la marche est donc trop haute. Pour la franchir, l’État a créé, en 2022, le prêt avance rénovation (PAR).
Deux banques proposent le prêt avance rénovation
Mais peu de banques proposent le PAR. « Sa mise en œuvre peut être complexe, selon Audrey Adnot, directrice du financement des particuliers chez BPCE. Il existe un risque que l’artisan ne réalise pas les travaux et donc que l’Anah ne puisse pas verser les aides publiques [dont le ménage aura besoin pour honorer sa dette, NDLR]. »
Une prudence étonnante puisque le PAR est couvert à 75 % par une garantie publique, limitant grandement le risque de défaut pour les banques. Le Crédit Mutuel et La Banque Postale sont les seuls à commercialiser le PAR, à un taux de 3 %. Bilan : un emprunt de 30 000 € sur 25 ans à 3 % est assorti de plus de 12 679 € d’intérêts. Soit un coût total du crédit de 42 679 €, qui viendra en déduction lors de la mutation du bien. Mais il permet de limiter le remboursement des ménages à 42 € par mois.
L’État a fait un pas de plus, en septembre 2024, en créant le PAR+. Le client n’a, alors, aucun intérêt à payer durant les dix premières années du prêt. Cela diminue considérablement la masse des intérêts (8 839 € dans notre exemple). Mais, mi-2025, aucune banque ne le proposait.
Un préfinancement avec le Crédit Mutuel
Le Crédit Mutuel est à l’origine d’une autre initiative intéressante, avec son prêt Préfinancement Aides Rénovation. Son principe est de fournir, avant le début des travaux, l’intégralité des aides MaPrimeRénov’ dont le ménage peut bénéficier. Sur un chantier de 40 000 € pris en charge à 80 % par l’État, 32 000 € sont donc préfinancés.
Cela permet d’abaisser à seulement 8 000 € la somme restant à charge. Environ 600 ménages ont bénéficié, en 2024, de ce dispositif qui doit courir jusqu’au 31 décembre 2025. Il ne sera peut-être pas pérennisé en 2026, « faute de visibilité » sur les aides de l’Anah l’année prochaine, selon Orli Hazan, directrice commerciale de la banque. Ajoutons que les ménages les plus modestes peuvent, eux, bénéficier d’une avance de l’Anah, mais elle est limitée à 30 % de l’aide MaPrimeRénov ».
Faute de financer elles-mêmes l’avance des aides publiques, les autres banques tissent des partenariats pour offrir ce service à leurs clients. Entre autres, Hello Watt pour le Crédit Agricole et IZI by EDF pour BNP Paribas. Une commodité « gratuite pour le particulier, assurent ces entreprises. Elles promettent d’accompagner les clients de A à Z dans le montage de leurs dossiers, de la réalisation de l’audit énergétique à la récupération des aides MaPrimeRénov » », en passant par la fourniture d’artisans labellisés.
Les enseignes de bricolage à la manœuvre
Les grandes surfaces de bricolage, telles que Leroy Merlin (partenaire de BPCE), Castorama ou Bricorama, sont avant tout des commerçants de détail cherchant à vendre des produits. « Notre partenariat permet d’avoir une complémentarité territoriale avec Cozynergy, spécialiste de la rénovation énergétique, et de renforcer l’offre d’artisans à destination de nos clients », justifie Audrey Adnot, du groupe Banque Populaire-Caisse d’Épargne.
Leroy Merlin met en avant sa légitimité : l’enseigne peut diriger des rénovations énergétiques puisqu’elle a formé plus de 100 « responsables rénovation énergétique », dont le diplôme (obtenu en trois mois) est reconnu par l’État comme un « équivalent bac + 2 ». En tant que mandataire auprès de l’Anah, Leroy Merlin est aussi habilité à déduire directement des devis les aides publiques, ainsi que ses propres primes privées.
Pourtant, les parlementaires ont douté de l’expertise de ce type d’acteurs. Ils ont adopté une loi pour lutter contre la fraude aux aides publiques. Elle prévoit notamment, à compter de 2027, de retirer ces enseignes du dispositif MaPrimeRénov ». Sauf si elles obtiennent un label d’État, gage de confiance. Leroy Merlin nous a fait savoir qu’il compte se mettre en règle pour poursuivre son activité de rénovation énergétique.
Baisser son taux de crédit immobilier en rénovant
L’acquisition immobilière est un moment privilégié pour la rénovation. Les banques se sont positionnées sur ce créneau avec des prêts avantageux. À La Banque Postale, le taux du crédit immobilier est réduit de 0,25 point si le financement des travaux est programmé dès la souscription du prêt. Chez BPCE, la réduction oscille entre 0,10 et 0,20 point, selon les caisses régionales et, souplesse appréciable, le client dispose de 40 mois pour effectuer ses travaux d’amélioration.
Le nouveau DPE doit avoir gagné au moins deux lettres pour être validé (en passant de G à E, par exemple). « Une fois le nouveau DPE fourni, la mensualité de crédit baisse automatiquement », précise Audrey Adnot, directrice du financement des particuliers chez BPCE. Chez BNP Paribas, Energibio Acquisition prend la forme d’une enveloppe de crédit supplémentaire, en plus de celle de l’achat du logement, dédiée à la rénovation énergétique. Elle est proposée à un taux de 1 % pour les primo-accédants (1,5 % pour les autres), plus intéressant qu’un prêt personnel.