Payer ou subir des publicités : Facebook est-il dans son droit ?
Malgré une condamnation par la Commission européenne en avril 2025, Meta revient à la charge avec sa politique contestée du « consentir ou payer ».
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La bourse ou vos données personnelles ? Aux alentours du 14 juillet 2025, Meta, l’entreprise à la tête de Facebook et Instagram, a changé les règles relatives à l’utilisation des informations personnelles des utilisateurs de ses réseaux sociaux. Depuis cette date, consulter son fil Facebook ou Instagram sans pub est désormais possible, mais payant ! L’information n’a pas échappé à Annick, qui nous a contactés pour s’en offusquer : « Facebook me refuse l’accès à ma page. Je dois accepter les pubs ou payer 5,99 €/mois. » « Je suis en colère, car si on veut être libre, il faut payer encore et encore pour ne pas être le produit » fustige un autre de nos lecteurs. Mais Facebook est-il dans son droit ?
Pour le vérifier, nous nous sommes penchés sur les Conditions générales d’utilisation de Meta, où il est bien détaillé les deux choix qui s’offrent aux utilisateurs : s’abonner pour utiliser ses réseaux sans publicités, ou accepter que vos données personnelles et de navigation (les fameux cookies) soient utilisées à des fins publicitaires. Sauf que Meta omet de mettre en avant le fait qu’il existe une solution intermédiaire (et obligatoire) moins intrusive.
« Consentir ou payer », le nouveau fer de lance de Meta
En effet, le règlement européen sur les marchés numériques, promulgué en 2020, est clair sur un point, notamment en son article 5 : si un utilisateur refuse que ses données soient exploitées à des fins publicitaires, il « doit avoir accès à une autre possibilité moins personnalisée, mais équivalente », et bien évidemment gratuite.
En d’autres termes, Meta doit proposer, au moins deux options gratuites : l’une avec des publicités ciblées, l’autre avec des publicités moins personnalisées. L’ennui, c’est que cette dernière possibilité est bien cachée dans les options proposées par Meta, qui n’a pas répondu à nos questions.
Une version gratuite moins intrusive
Car il existe bel et bien une option gratuite permettant l’utilisation de publicités moins ciblées. Mais noyée au fin fond des paramètres (voir encadré plus bas), elle n’est accessible qu’au prix de « pauses publicitaires » obligatoires. En pratique, si vous activez cette option, certaines publicités ne pourront pas être ignorées et devront être regardées pendant au moins cinq secondes.
C’est un maigre progrès, par rapport à la version que Meta avait introduite en novembre 2023, alors que l’entreprise cherchait déjà à rendre ses plateformes plus profitables. À ce moment-là, un choix seulement s’offrait aux utilisateurs : payer un abonnement ou voir s’afficher des publicités ciblées sur Facebook et Instagram. Mais aucune proposition gratuite, même cachée, ne permettait à l’utilisateur de choisir une publicité moins ciblée.
Meta mis à l’amende par les autorités européennes
La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) ainsi que ses homologues européens (réunis sous l’autorité européenne EDPB, Comité européen de la protection des données) avait alerté sur ces pratiques dès avril 2024, estimant que « le fait de conditionner l’accès à un service à l’acceptation de la publicité ou à un abonnement soulève des questions sur le respect des exigences du RGPD [règlement général sur la protection des données, NDLR] concernant la validité du consentement ».
En avril 2025, la Commission européenne a tranché en jugeant que Meta ne respectait pas le règlement des marchés européens, en raison de l’absence de proposition gratuite permettant d’accéder à des publicités moins ciblées. Par conséquent, elle a condamné le géant américain au paiement d’une amende de 200 millions d’euros, ce qui représente 0,14 % du chiffre d’affaires enregistré par la multinationale en 2024 (140 milliards d’euros, un chiffre en augmentation de 22 % par rapport à 2023).
La nouvelle version de juillet 2025 donne accès à une version moins intrusive certes, mais est-elle vraiment « équivalente », comme elle est censée l’être, si on considère les pauses publicitaires ? Quid de la validité du consentement de l’utilisateur, si l’option n’est pas clairement affichée comme les deux autres ? Cela suffira-t-il pour que les autorités européennes estiment que le conglomérat des réseaux sociaux respecte les droits de ses utilisateurs ? Autant de questions qui restent en suspens. On peut néanmoins s’inquiéter de la pression grandissante exercée par les réseaux sociaux cherchant à monétiser leurs plateformes, parfois aux dépens de la sécurité de ses utilisateurs.
Comment avoir des publicités moins personnalisées
Si vous souhaitez que vos données personnelles ne soient pas exploitées à des fins publicitaires sur Facebook et Instagram, quelques manipulations sont à effectuer. Tout d’abord, il vous faudra accéder à votre « Espace Comptes » Meta.
- Si vous êtes sur Instagram, il se trouve dans le menu déroulant accessible depuis la page de votre profil.
- Sur l’application mobile Facebook, allez sur le menu tout à droite de votre écran, puis votre « Espace Comptes » se trouvera dans le « … » à la droite de votre profil, sous la roue de paramètres.
- Sur Facebook version web (ordinateur), il vous faudra vous rendre sur l’icône de votre profil en haut à droite, puis « Paramètres et confidentialité », puis sur « Paramètres ». Sur la gauche de votre écran, vous devriez avoir un encadré Meta « Espace Comptes ». Ici, cliquez sur la ligne « En voir plus dans l’Espace Comptes ».
Une fois dans votre Espace Comptes, les démarches sont les mêmes, quel que soit votre appareil ou votre plateforme. Ici, il faudra aller sur « Préférences publicitaires », puis dans « Paramètres des publicités », et enfin dans « Expérience publicitaire », où vous aurez le choix entre des publicités plus ou moins personnalisées.
Notez que si vos comptes Facebook et Instagram sont liés, vous n’aurez à faire la manipulation qu’une fois pour les deux comptes.