8 choses à savoir pour bien choisir et utiliser sa crème solaire
Pour se protéger des méfaits du soleil, la crème solaire suffit-elle ? Comment bien la choisir et l’appliquer ? Les réponses à vos questions.
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Teint hâlé rime avec santé. C’est, en tout cas, ce que pensent 78 % des Français qui, selon une étude menée par BVA pour l’Institut national du cancer (Inca), ont la conviction que le soleil est bon pour la santé. Une croyance contredite par les faits : 80 % des cancers de la peau sont liés à une exposition au soleil, principalement régulières et intenses pendant l’enfance. « Il n’existe pas de bronzage sain. Une peau bronzée indique que l’ADN a subi des dommages », insiste le Pr Christophe Bedane, dermatologue au CHU de Dijon.
L’exposition aux rayonnements ultraviolets (UV) émis par le soleil entraîne non seulement un risque de cancer, mais aussi un vieillissement prématuré de la peau. Certes, il est indispensable à la synthèse de la vitamine D, essentielle à la santé osseuse et au bon fonctionnement du système immunitaire. Mais inutile de s’étendre des heures sur sa serviette. Quelques minutes d’exposition quotidienne suffisent à couvrir ses besoins. Et en plein été, mieux vaut bien se protéger. Comment ? 60 Millions de consommateurs répond aux questions que vous vous posez.
1. La crème solaire protège-t-elle efficacement ?
Non. Aucune crème solaire ne protège à 100 % des UV. La crème solaire seule ne suffit pas à se prémunir du vieillissement cutané et du risque de cancer de la peau. Son utilisation s’inscrit dans une stratégie globale de prévention dont la priorité est d’éviter le soleil, surtout aux heures les plus intenses – entre 10 et 16 heures en métropole, et entre 10 et 14 heures en outre-mer. Si vous êtes adepte du farniente, évitez ces heures et partez du principe que, même en cumulant crème solaire et parasols anti-UV, votre famille et vous ne serez pas suffisamment protégés.
Selon l’Inca, en plus de rechercher l’ombre, il est recommandé de porter des lunettes de soleil (norme CE, catégorie 3 ou 4), des vêtements couvrants, longs et amples, si possible anti-UV, et de se couvrir d’un chapeau à larges bords. « L’application de crème solaire vient en complément de toutes ces mesures », souligne le Pr Christophe Bedane.
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2. Quel indice de protection privilégier ?
Le rayonnement UV se décompose principalement en deux longueurs d’onde : les UVA et les UVB. Les UVA pénètrent plus profondément dans la peau et sont responsables du vieillissement cutané prématuré. Ils sont présents toute l’année, même par temps nuageux, et passent à travers les vitres. Les UVB pénètrent moins profondément, restent cantonnés à l’épiderme et sont à l’origine des coups de soleil. Les deux sont impliqués dans la survenue de cancers de la peau.
L’indice de protection solaire (ou SPF) affiché sur les crèmes solaires indique la protection contre les UVB uniquement. « En pratique, un SPF de 20 traduit le fait que la crème laisse passer 1/20e des UVB, soit 5 %. En d’autres termes, 95 % des UVB sont filtrés par la crème. De la même façon, une crème d’indice 50 laissera passer 1/50e des UVB, soit 2 %. Au total, 98 % des UVB seront donc filtrés », explique Marie-France Corre, ingénieure et consultante en consommation responsable.
Plus l’indice de protection est élevé, mieux vous serez protégé contre les coups de soleil. Dès lors, l’indice de protection à privilégier dépend de votre type de peau et de l’ensoleillement. Les peaux très claires devront privilégier une très haute protection (SPF 50 et 50+), les peaux claires et cheveux blonds ayant déjà un léger hâle peuvent opter pour la haute protection (SPF 30 à 50), les peaux claires et cheveux châtains qui bronzent facilement peuvent se diriger vers une protection moyenne (SPF 15-25), alors que les peaux mates et noires pourront se contenter d’une faible protection (SPF 6-10).
3. Faut-il adapter l’indice de sa crème à l’indice UV ?
Oui. L’indice UV de la journée est consultable sur la plupart des applications de prévision météo. Selon le Haut Conseil de la santé publique, s’il est compris entre 3 et 7, il est nécessaire de s’appliquer une crème de SPF 30 minimum. Lorsque l’indice UV est compris entre 8 et 10, il faut privilégier des crèmes d’indice 50 et plus. Au-delà de 11, toute exposition au soleil est à exclure entre midi et 16 heures.
Peaux noires, une protection partielle
Les peaux noires possèdent un taux de mélanine important qui les protège naturellement contre les UVB. Mais la protection n’est que partielle et comparable, pour les peaux les plus foncées, à celle d’une crème solaire indice 13, selon la Fondation américaine contre le cancer de la peau. « Par ailleurs, la répartition de la mélanine est différente d’un individu à l’autre. Or cette répartition conditionne l’efficacité de la protection naturelle », précise le dermatologue Christophe Bedane. Et même si les mélanomes sont rares sur les peaux noires, d’autres cancers liés à une exposition aux UV, comme le carcinome épidermoïde, peuvent survenir.
4. Qu’en est-il des UVA ?
Le SPF n’indique pas le niveau de protection contre les UVA. « À l’heure actuelle, il n’existe pas de filtre couvrant tout le spectre UV. Les formulateurs de crème solaire doivent donc associer plusieurs filtres et les stabiliser pour obtenir une protection aussi large que possible », note Marie-France Corre.
Toutefois, des produits intéressants commencent à être commercialisés pour protéger des UVA longs, qui pénètrent le plus profondément dans la peau. « Ces dernières années, quelques industriels sont parvenus à formuler des filtres efficaces contre les UVA longs (entre 370 nm et 400 nm) comme Pierre Fabre, avec son filtre TriAsorB ou encore La Roche-Posay, avec son filtre Mexoryl400 », complète le Pr Christophe Bedane.
5. Comment bien appliquer sa crème solaire ?
Généreusement ! En théorie, il faudrait appliquer 2 mg de crème solaire par centimètre carré de peau pour que la protection corresponde à l’indice de protection affiché sur le tube de crème. Cela revient à environ six cuillères à café pour le corps entier et à un ruban de crème solaire d’une longueur de trois phalanges pour le visage.
« En pratique, les personnes en étalent plutôt entre 0,5 et 0,8 mg/cm2, soit trois à quatre fois moins que la dose nécessaire pour une protection optimale, observe le Pr Bedane. C’est pourquoi l’utilisation de crèmes SPF 50 ou 50+ compense seulement en partie la faible quantité appliquée. Il est également préférable d’utiliser des crèmes plutôt que des sprays, plus difficiles à doser. » Enfin, quel que soit l’indice de protection, l’application doit être renouvelée toutes les deux heures, après chaque baignade ou après avoir transpiré.
En mai 2025, la Fédération des entreprises de la beauté indiquait que « si 84 % [des utilisateurs] déclarent utiliser de la crème solaire à la plage ou à la piscine, seuls 31 % respectent la fréquence d’application recommandée ». Plutôt qu’une application toutes les deux heures, les dermatologues préconisent même d’appliquer consécutivement deux couches de crème en observant un temps d’attente de 20 minutes entre deux applications. Et de renouveler cette opération le matin et en début d’après-midi.
6. Certains filtres sont-ils dangereux pour la santé ?
Une trentaine de filtres sont autorisés par la réglementation européenne. Ils se divisent en deux catégories : les filtres chimiques (ou organiques) et les filtres minéraux, prisés par la filière bio. Les premiers absorbent les UV tandis que les seconds combinent deux modes d’action : absorption (à environ 95 %) et réflexion (5 %).
Si la balance bénéfice/risque penche largement en faveur de l’utilisation des crèmes solaires, les filtres qui les composent pourraient avoir un effet sur la santé. Plusieurs études ont montré un passage possible dans le sang des filtres chimiques. L’oxybenzone, en particulier, est suspecté d’être un perturbateur endocrinien.
Quant aux filtres minéraux, ils sont parfois sous forme de nanoparticules (moins de 100 nm de diamètre). Cela a un avantage esthétique : plus les particules sont petites, plus les crèmes sont lisses et moins elles laissent de traces blanches. Mais on ne connaît pas encore bien leurs effets sur la santé et sur l’environnement.
De ce fait, la réglementation impose aux fabricants d’indiquer la mention « nano » sur l’emballage. Ce qui n’est pas toujours respecté. Sur 16 produits solaires prélevés en 2022 par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, trois produits utilisant des filtres minéraux sous forme de nanomatériaux n’étaient pas étiquetés comme tels.
7. Quels filtres présentent des risques pour l’environnement ?
L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a identifié trois filtres chimiques comme toxiques pour les coraux : l’oxybenzone, l’octinoxate et l’octocrylène. Par conséquent, « certains fabricants inscrivent sur les crèmes utilisant des filtres minéraux des mentions du type “coral safe” ou “sans risque pour les coraux”, suggérant une absence d’impact sur l’environnement. Sauf que cela est faux, prévient Marie-France Corre. Les filtres minéraux ne sont pas moins nocifs que les filtres chimiques. Ces promesses ne sont généralement pas attestées par des tests complets et convaincants ».
Le Pr Bedane nuance l’impact des protections solaires sur le blanchiment des coraux. Il rappelle, d’une part, que ce phénomène est principalement dû au réchauffement climatique et, d’autre part, que les filtres utilisés dans les crèmes solaires ne représentent qu’une faible part de l’ensemble des filtres UV employés dans divers procédés industriels. Leur impact est donc minime.
8. Doit-on appliquer de la crème solaire toute l’année ?
C’est ce que prônent certains influenceurs beauté comme la dermatologue américaine Shereene Idriss. Pour le Pr Christophe Bedane, il n’est pas recommandé d’appliquer de la crème solaire tous les jours. « On sait qu’il y a des associations de filtres dans les crèmes solaires qui présentent un risque allergène. Par ailleurs, les filtres peuvent passer dans le sang, ce qui interroge sur une éventuelle toxicité au-delà d’une certaine dose. » Pour le médecin, cela peut se justifier dans des cas très particuliers comme des antécédents de cancers. « Mais pour la majorité de la population, ce n’est pas nécessaire. »