Prévention tabac : une goutte d’eau ?
Le forfait annuel de remboursement des substituts nicotiniques devrait augmenter de 50 à 150 euros pour les 20-25 ans. Le ministère de la santé mise sur cette mesure pour inciter les jeunes à l’arrêt du tabac. Décryptage.
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Début 2014, le forfait annuel de prise en charge des substituts nicotiniques devrait être porté, par décret, de 50 à 150 € pour les fumeurs de 20 à 25 ans. Les députés se sont déclarés favorables à cette mesure lors du vote en première lecture par l’Assemblée nationale du projet de loi sur le financement de la Sécurité sociale (PFLSS) pour 2014 (voir l’exposé des motifs de l’article 43 du projet de loi déposé). Une position que les sénateurs ne devraient pas remettre en cause.
Depuis 2007, les fumeurs qui souhaitent arrêter peuvent bénéficier d’un forfait de 50 € par an pour l’achat d’aides au sevrage à condition de présenter au pharmacien une prescription médicale.
Une mesure ou une mesurette ?
Pour le professeur Yves Martinet, pneumologue au CHU de Nancy et président du Comité national de lutte contre le tabagisme (CNCT), cette nouvelle disposition va évidemment dans le bon sens. « On est encore loin du compte », estime toutefois Yves Martinet qui appelle à une prise en charge généralisée des traitements d’aide au sevrage. Et surtout, à l’adoption d’une véritable politique de lutte contre le tabagisme.
Avec cette réserve également qu’à la vingtaine, on est bien plus sensible au prix du paquet de cigarettes qu’à une amélioration du remboursement des aides au sevrage. « Les jeunes fumeurs sont entrés dans le tabagisme pour des raisons qu’ils assument très bien, confirme un autre expert préférant rester anonyme. Le spectre des maladies liées au tabagisme – qui emporteront un fumeur sur deux – est loin des préoccupations de cette population. »
Les jeunes fumeurs moins demandeurs
Pourquoi avoir ciblé une telle tranche d’âge, alors ? Au ministère de la santé, on s’explique, études à l’appui : parmi les 20-25 ans (5 millions d’âmes), environ 2 millions fument la cigarette. Selon le Baromètre santé 2010 de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes), 49 % d’entre eux auraient la ferme envie d’arrêter.
Ce taux demeure toutefois moins élevé que dans les tranches d’âge supérieures, rapporte notre expert : « Plus le fumeur est jeune, moins il a envie d’arrêter. Et moins, d’ailleurs, il y parvient. » Entre octobre 2012 et septembre 2013, 350 000 accros à la cigarette ont été remboursés par l’Assurance maladie du forfait de 50 €. La tranche d’âge des 45-50 ans est celle qui a le plus consommé ce dispositif, avec plus de 50 000 fumeurs en ayant bénéficié. Les 20-25 ans, pour leur part ont été à peine 20 000 sur la même période.
Bouffées d’optimisme
Interrogé par 60 Millions, le ministère de la santé estime que ce nombre sera au moins quintuplé (10 % des fumeurs ayant l’intention d’arrêter) l’année prochaine grâce à la majoration du remboursement. Au ministère, on va même jusqu’à envisager que près de la moitié des fumeurs âgés de 20 à 25 ans et souhaitant raccrocher pourraient se prévaloir de cette nouvelle mesure. De 20 000, le nombre de bénéficiaires passerait donc à 420 000, soit 70 000 personnes de plus que la totalité des Français bénéficiant chaque année du remboursement forfaitaire. Excusez du peu !
En décembre 2012, la Cour des comptes pointait dans un rapport d’évaluation sur les politiques de lutte contre le tabagisme « la timidité des dispositifs actuellement déployés pour le sevrage et l’aide à la sortie du tabac qui limite grandement la possibilité pour les fumeurs qui le désirent (plus d’un fumeur sur deux) de sortir de la dépendance ». En dépit de l’optimisme du ministère de la santé quant à la portée de sa nouvelle mesure, pas sûr que l’appréciation des magistrats de la Cour soit aujourd’hui différente.
Erwan Le Fur