Pistolets de massage : ne flinguez pas votre santé !

Censés soulager les douleurs et faciliter la récupération après une activité sportive, ces pistolets à percussion peuvent causer des traumatismes.

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Un homme utilise un pistolet de massage
Getty Images/Westend61

Après une session de footing, Nicolas Delporte, 40 ans tout rond et coureur de marathon, sort presque toujours son pistolet de massage. Ce petit appareil portatif délivre des percussions à l’intensité réglable, et est muni de plusieurs têtes de massage différentes. « En fonctionnement, l’embout appliqué pendant 3 minutes sur les muscles raidis par l’effort réduit significativement les tensions, témoigne-t-il. Cet auto-massage est pratique au quotidien, il remplace certaines séances de récupération chez le kinésithérapeute. »

Surtout utilisés par les médecins du sport il y a quelques années, les pistolets de massage sont aujourd’hui commercialisés par de nombreuses plateformes comme Décathlon, Amazon ou encore Temu, à destination du grand public ; les tarifs oscillant entre 8 € et plus de 500 €. « Il y a un véritable engouement pour ce type d’équipement », constate Pascal Rumigny, ingénieur pour Décathlon, qui a participé à la conception de pistolets de massage. « En 2024, les ventes de nos 3 modèles ont augmenté de 40 % par rapport à l’an dernier ». 

Les fabricants promettent monts et merveilles

Ce phénomène de mode n’a rien d’étonnant pour Stéphane Michel, président de la commission exercice et prévention du Conseil national de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes. « Ces petits appareils ont la cote parce qu’ils entendent démocratiser des appareils professionnels délivrant des ondes de choc, utilisés pour accélérer la récupération d’athlètes de haut niveau ou réduire la douleur provoquée par une blessure », analyse-t-il.

Pour appâter le chaland, les fabricants promettent monts et merveilles. « Soulage le stress et les tensions, apaise les inflammations et tendinites », liste la marque Bolt pour l’un de ses pistolets vendus 169 €. « Améliore les performances, répare les tissus, favorisant ainsi la guérison », promet carrément le fabricant Therabody, qui commercialise un appareil vendu 600 € ! Mais peut-on les croire ?

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Réduction des douleurs mais vrais risques de blessures

Dans les faits, ces appareils peuvent, dans le cadre d’une kinésithérapie, améliorer la force musculaire et la souplesse, mais aussi réduire les sensations de douleur musculo-squelettiques. Des conclusions formulées par des chercheurs anglais de l’Open University et publiées dans la revue scientifique The International journal of sports physical therapy.

Mais les pistolets de massage peuvent aussi infliger des traumatismes hors cadre thérapeutique, ce qu’oublient parfois de préciser les fabricants ! Selon un rapport de cas publié en 2021 par des chercheurs chinois dans la revue Physical therapy & Rehabilitation journal, un entraîneur, qui n’avait aucune qualification médicale, a ainsi causé douleurs et hématomes à une athlète, en appliquant un pistolet sur ses mollets.

L’usage de ce type d’appareil, qui délivre parfois jusqu’à 4800 percussions par minute, n’a rien d’anodin et peut s’avérer dangereux. En particulier si l’on souffre d’un trouble physique important. « Appliqué sur une zone touchée par une phlébite, un pistolet de massage peut par exemple décrocher un caillot sanguin, pouvant provoquer une embolie pulmonaire ou un AVC », alerte Stéphane Michel. « Avant d’en acheter un, il est primordial de consulter un professionnel de santé, qui détaillera, en fonction des antécédents, les zones que l’on peut masser ou non. »  

Cou, arrière des genoux… de nombreuses zones à éviter 

Quelle que soit sa condition physique, certaines régions du corps doivent être impérativement évitées : le cou, carrefour vasculaire et nerveux très proche des vertèbres et du larynx, fragile. Tout comme l’arrière du genou, l’aine, les maxillaires et bien sûr le crâne. « Cela semble évident, mais il faut absolument éviter d’utiliser ce genre d’appareil sur des os, qui peut causer contusions et micro-fissures », complète Stéphane Michel.

Pour doser au mieux la puissance, réglez l’intensité au minimum au début de chaque massage et augmentez progressivement le niveau de percussion. Limitez la durée d’application sur les différentes zones du corps à quelques minutes et éteignez immédiatement l’appareil à la moindre douleur. « Surtout, n’achetez rien sur des plateformes douteuses comme Temu ou encore Aliexpress ! », insiste Stéphane Michel. « Trop souvent, ces sites, qui commercialisent des appareils bon marché, ne respectent pas les normes de sécurité exigées par l’Union européenne. »

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À ranger loin des enfants !

Attention : avec leurs faux airs de pistolet laser, les dispositifs à percussion peuvent attirer l’attention des enfants, susceptibles de se faire mal en les manipulant. Après utilisation, il est préférable de ranger son appareil dans sa mallette, souvent fournie par défaut, et le stocker en hauteur. Plusieurs fabricants, comme Décathlon et Therabody, déconseillent par ailleurs d’utiliser un pistolet à percussions sur les enfants et adolescents.

Cette mise en garde est à suivre, peu importe la marque de votre matériel. « Si jamais l’embout est appliqué par mégarde sur leurs os en pleine croissance, plus fragiles que ceux des adultes formés et consolidés, un accident peut vite arriver », avertit le kinésithérapeute Stéphane Michel. Vous voilà prévenu !

Têtes de massage : gadgets ou utiles ?

Chaque pistolet de massage embarque souvent au moins trois têtes différentes. « Variez les embouts pour cibler des zones spécifiques et des types de tissus différents », recommande Pascal Rumigny, ingénieur chez Décathlon. « La tête plate est idéale pour les grands groupes musculaires comme le dos, les cuisses ou les fessiers, quand la tête ronde convient aux zones plus sensibles ou aux muscles plus petits. La tête fourche, quant à elle, est utile pour les zones difficiles d’accès comme les tendons ou les muscles le long de la colonne vertébrale. »

Des recommandations balayées d’un revers de main par le kinésithérapeute Stéphane Michel, dubitatif : « Hormis donner l’illusion qu’on peut accéder à toutes les parties du corps, j’ai l’impression que ces embouts n’ont pas vraiment d’utilité pratique. » Il conclut : « Pour l’heure, rien ne peut remplacer les soins prodigués par un professionnel de santé. »