Pour éviter l’accident cardiaque, surveillez bien vos dents !

En propageant des bactéries, certaines infections dentaires peuvent provoquer de graves lésions du cœur. Mieux vaut voir régulièrement son dentiste.

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Une femme tient un cœur en bonbon entre ses dents
Getty Images/PhotoAlto

Après trois ans sans suivi, Michel consulte son dentiste pour un petit contrôle. Quelques jours plus tard, il est opéré à cœur ouvert en urgence. Une histoire qui n’a rien de fictionnel. Sans symptôme susceptible de l’alerter, l’homme a développé une endocardite infectieuse mettant sa vie en danger. « Dans environ un quart des cas, le point de départ de cette maladie est bucco-dentaire, explique le Pr Bernard Iung, cardiologue à l’hôpital Bichat et président de la Société française de cardiologie. Elle résulte du passage de bactéries, souvent des streptocoques, dans le sang et de leur fixation sur les valves cardiaques. »

Une carie non soignée qui atteint la pulpe dentaire (tissu mou interne à la dent), et l’infection se propage. « Les bactéries vont emprunter l’artère de la pulpe dentaire et se déplacer le long du canal jusqu’à atteindre la circulation sanguine et le cœur », résume le Dr Vincent Meuric, chirurgien-dentiste au CHU de Rennes. Et les conséquences d’une endocardite infectieuse peuvent être graves : lésion au niveau des valves qui séparent oreillettes et ventricules, à l’origine de poussées d’insuffisance cardiaque, abcès autour des valves, formation de petits caillots infectés pouvant migrer et provoquer des embolies, en particulier cérébrales. « Et ces trois complications peuvent être associées », souligne le Pr Iung.

Entre 1500 et 2000 endocardites chaque année

Une fois diagnostiquée, l’endocardite infectieuse nécessite a minima la prise d’antibiotiques par voie intraveineuse prolongée (de quatre à six semaines) et une fois sur deux une intervention chirurgicale sur la valve cardiaque. « Ce sont des chirurgies lourdes et risquées, associées à un taux de mortalité hospitalière élevé, de l’ordre de 20 %, indique le cardiologue. Dans la plupart des cas, il faut remplacer la valve infectée par une prothèse valvulaire. »

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Maladie grave, l’endocardite infectieuse reste relativement rare, avec une incidence estimée entre 30 et 50 cas par million d’habitants et par année, soit de 1500 à 2000 cas en France. Peu courante dans la population en général, elle est en revanche beaucoup plus fréquente chez les personnes atteintes de pathologies cardiaques : « De 2000 à 3000 cas par million d’habitants et par an, donc presque 100 fois plus, chez les patients qui présentent une valvulopathie, et environ 5000 cas chez les patients déjà opérés des valves cardiaques », précise Bernard Iung.

Au moins une visite chez le dentiste par an

Il serait bien de pouvoir identifier les signes annonciateurs… Mais, lorsqu’elle est provoquée par une infection dentaire, l’endocardite génère rarement des douleurs qui conduisent le patient chez le dentiste. « Elle est généralement silencieuse au début, résultant souvent de passages de bactéries dans le sang relativement peu intenses, peu nombreux, mais répétés dans le temps », confirme le Pr Iung. Seul moyen de s’en prémunir : une bonne hygiène bucco-dentaire au quotidien et une visite annuelle chez le dentiste, qui pourra déceler et traiter un éventuel foyer infectieux. « Chez les patients à haut risque, ceux qui ont été opérés ou présentent certaines pathologies cardiaques congénitales, on préconise même deux consultations par an. »

En matière de santé bucco-dentaire, l’endocardite infectieuse n’est pas le seul risque. De nombreuses études suggèrent que l’inflammation parodontale est étroitement liée à un risque accru d’événements cardio-vasculaires – infarctus du myocarde, AVC et artérites des membres inférieurs, principalement. Par quel mécanisme ? Lorsque les dents se déchaussent (parodontite), des poches de 7 à 10 mm se créent entre la dent et la gencive. « Ces poches constituent des portes d’entrées aux bactéries, explique le Dr Meuric. Et comme cela ne fait pas toujours mal au départ, les patients ne se font pas traiter et les bactéries font des passages récurrents dans le sang. »

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Bien plus qu’un joli sourire !

Pour le moment, seules des études observationnelles ont mis en évidence ce lien : « On ne peut pas en tirer des conclusions de causalité certaines, car les patients atteints d’une pathologie parodontale peuvent aussi présenter des facteurs de risques vasculaires classiques, en particulier diabète et tabagisme, que l’on sait responsable de problèmes bucco-dentaires », souligne le Pr Iung, qui attend des données cliniques plus robustes.

Une étude, baptisée Parocard, se penche sur le cas de ceux qui présentent des pathologies parodontales sévères. « Nous sommes encore à un stade très préliminaire, note le cardiologue, mais cela suscite beaucoup d’intérêt car, si les études en cours confirmaient ce lien, cela apporterait une pierre supplémentaire à l’édifice de l’importance de la santé bucco-dentaire pour prévenir ce type de complications cardio-vasculaires, bien plus fréquentes que l’endocardite infectieuse. ». Soigner ses dents apporte donc bien plus qu’un joli sourire !

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