Démarchage : on m’a volé mon numéro de téléphone  

Pour inciter leurs interlocuteurs à décrocher, des démarcheurs usurpent le numéro de particuliers… qui sont importunés par les personnes démarchées.

Par Benjamin Douriez

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Un homme cagoulé observe un téléphone à la loupe
Getty Images/iStockphoto
Un homme cagoulé observe un téléphone à la loupe

Pour Sabine, le mystère commence le 25 juillet au soir, quand elle rallume un portable qu’elle utilise de façon épisodique. « C’est qui ? », lit-elle dans un SMS provenant d’un inconnu, tandis que le répondeur contient vingt messages – la capacité maximale de la messagerie – de personnes tout aussi inconnues de Sabine qui assurent avoir reçu un appel de sa part…

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Le lendemain matin, re-belote. Les appels se font incessants, parfois insultants (« Arrêtez de m’appeler ! »), au point que Sabine doit enlever la carte Sim du téléphone. Cette habitante des Alpes-Maritimes sera ainsi harcelée en plusieurs vagues jusqu’à mi-août, par des dizaines et des dizaines de consommateurs lui reprochant ses prétendus appels…

 

Un 06… augmente les chances que l’interlocuteur décroche

Message après message, elle finit par comprendre que son numéro de portable a été usurpé par une société de démarchage téléphonique. Il s’est bel et bien affiché sur l’écran des personnes qui la rappellent : l’un s’est vu questionné sur sa facture d’électricité, tandis qu’un autre a eu affaire à un commercial prétendant appeler au nom du fournisseur d’énergie Engie.

Pour les centres d’appels, modifier le numéro qui s’affiche ne pose pas de difficultés techniques. En choisissant un numéro commençant par 06, ils augmentent les chances que l’interlocuteur décroche. Un stratagème pour contourner l’aversion croissante des consommateurs au démarchage téléphonique.

 

Une pratique doublement illégale

Appelée “spoofing”, la pratique est illégale à double titre. D’abord, le numéro utilisé pour un démarchage doit appartenir à l’entreprise pour le compte duquel l’appel est effectué (article L. 221-17 du code de la consommation), sous peine de 15 000 € d’amende.

La pratique s’apparente aussi à une usurpation d’identité, réprimée par le code pénal (article 226-4-1 du code pénal). Contactée par 60 Millions, Engie juge la pratique « inadmissible » : le fournisseur d’énergie réfute en être à l’origine en la mettant sur le compte de « personnes et/ou entreprises malveillantes qui usurpent notre identité. »

 

Difficile de retrouver les coupables

Le cas de Sabine n’est pas totalement isolé. Plusieurs parlementaires ont alerté le gouvernement sur ce type de dérapages ces derniers mois, au Sénat comme à l’Assemblée nationale. Et la Répression des fraudes indique avoir reçu des signalements, via la plateforme antidémarchage Bloctel.

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Mais si l’arsenal juridique pour réprimer la pratique existe, il se heurte à de grandes difficultés : comment remonter aux coupables, qui se cachent tant derrière un faux numéro que derrière un faux nom d’entreprise ? En attendant d’éventuelles poursuites, le seul recours pour les victimes harcelées est alors de changer de numéro de téléphone…