Quand Free fait payer la télé de rattrapage
Désormais, de nombreuses chaînes offrent la possibilité de revoir leurs programmes pendant les sept jours suivant leur diffusion. C’est gratuit. Pourtant, Free facture l’accès aux heures d’affluence. Une conséquence du sous-dimensionnement de son réseau ?
Publié le
« Depuis le début d’année, Free fait payer les rediffusions d’émissions qui passent entre 19 h et 22 h sur toutes les chaînes alors que celles-ci le proposent gratuitement durant 7 jours. C’est scandaleux ! », s’indigne Franck dans le courrier qu’il nous a adressé.
Depuis janvier, ils sont plusieurs freenautes à nous avoir signalé l’apparition d’une fenêtre sur leur écran télé les incitant à activer un « pass prioritaire » payant pour pouvoir visionner les programmes disponibles en rediffusion (télévision de rattrapage ou replay). Free propose deux options : le « pass soirée » facturé 0,99 € ou le « pass 1 mois » à 3,99 €.
Avec ce sésame, Free garantit l’accès au service « même aux heures les plus demandées (entre 19 et 22 h) », tout en précisant qu’il n’est pas obligatoire. Certes. Mais sans lui, le téléspectateur risque fort de ne pas pouvoir visionner sa série ou son téléfilm préférés, pour cause de saturation du réseau.
La qualité du réseau de Free dégradée
Coïncidence ou pas ? Ces derniers mois, la qualité du réseau de Free s’est fortement dégradée par rapport à ses concurrents, selon les mesures réalisées par le Measurement Lab (M-Lab), une plateforme collaborative, et publiées par le magazine en ligne Numerama le 19 février. « La plupart des graphiques sont largement en défaveur de Free, avec une situation qui semble s’être détériorée vers l’été 2012 », explique Numerama.
En janvier, d’après les mesures réalisées sur un échantillon de 35 000 abonnés, la bande passante descendante de Free n’est que de 1,65 Mbps quand elle s’élève à 6,65 Mbps chez Bouygues, 4,84 Mbps chez Orange et 4,4 Mbps chez SFR.
Cette étude intervient alors même qu’une enquête administrative est ouverte depuis le 22 novembre dernier par l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep). Cette dernière cherche à savoir pourquoi les abonnés Free subissent des ralentissements et dysfonctionnements notamment lorsqu’ils souhaitent visionner des vidéos sur Youtube.
En choisissant de faire payer la télévision de rattrapage à certaines heures, l’opérateur chercherait-il à désengorger son réseau au lieu de l’adapter à l’usage de ses clients en augmentant sa bande passante ?
« Cela existe depuis deux ans ! »
Quand on l’interroge pour en savoir plus sur le pass prioritaire, la seule réponse du fournisseur est la suivante : « Cela existe depuis le lancement du service (il y a deux ans !!!) et rien n’a changé. » À l’époque de ce lancement, on pouvait lire sur le site Universfreebox : « Free insiste sur le fait que rien ne dit que les utilisateurs seront un jour confrontés à la nécessité d’acheter un pass pour regarder leurs émissions favorites ». Aujourd’hui, c’est pourtant le cas. Quelque chose a bien changé.
Mais à la question de savoir si cet accès payant est seulement activé entre 19 et 22 h ou bien dès que la bande passante est encombrée, le fournisseur n’a pas répondu. Selon les témoignages, l’écran renvoyant vers le pass prioritaire s’afficherait à toute heure de la journée.
Pourtant, l’offre de Free inclut bel et bien l’accès gratuit au replay, comme le note Jean-Claude, un freenaute nantais : « Dans le contrat d’abonnement qu’on a avec Free, il est bien stipulé que nous avons accès aux chaînes de TV ainsi qu’au replay. »
Sur son site, le fournisseur affirme d’ailleurs que le Service TV Replay est « proposé sans surcoût, sous réserve de disponibilité ». Il serait peut-être temps que Free clarifie sa politique : soit le replay est gratuit et accessible à tous, soit il s’agit d’une option payante réservée.
France Télévisions révolté
Les consommateurs ne sont pas les seuls à s’indigner de cette pratique. Dans un article publié le 12 février sur le site d’Arrêt sur images, le directeur de France Télévisions éditions numériques, Laurent Frisch, faisait aussi part de son désaccord : « On est totalement opposé à cette pratique-là. Nous, ça nous révolte, c’est totalement anormal. Pluzz [nom du replay de France 2] ne doit en aucun cas être payant. »
France Télévisions a porté l’affaire devant le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) et l’Arcep. Affaire à suivre.
Fabienne Loiseau